L160 — Londres, vendredi 22 mai 1795
Londres, ce vendredy 22 may 1795 vieux stile ou 25e Décade tridi Prairial, 3e année de la République.
Ma très chere et très bonne amie,
J'ai reçu deux lettres de Bâsle, qui m'annonce que l'on a du te remettre en deux fois 1° la somme de 2 459 L., et par une 2de fois la somme de 2 325 L. en assignats. Présentement, parlons de mon retour en France. Aussi tôt la présente reçu, tu ira a la municipalité pour demander un passeport pour moi pour être reçu généralement en France, dans aucun port ou je pourrois débarquer, afin d'éviter toute espece de difficulté. C'est a toi de faire toute la diligence possible, parce que, d'après la réception de ce passeport, je me mettrai en route pour Paris, ou je ne reviendrai pas très riche, mes affaires n'ayant pas été brillantes cet hiver, par l'absence de différents membres employés dans les armées. Cependant, je compte t'envoyer sous peu de jours encore quelques guinées avant mon départ. Mr Guyon a du t'aller voir et te dire les raisons pour lesquelles je n'ai pas envoyer mon certificat de vie. Noverre doit être également a Paris, et j'attends avec impatience mon passeport pour voler dans tes bras et embrasser tous nos chers enfants. Je me porte assez bien, sur tout depuis quelques jours que la chaleur de l'été commence a se faire sentir. J'espere que le beau temps t'aura guéri de tes Rheumatisme. Je ferai mon possible pour t'apporter de la flanelle et des aiguilles.
J'attends de tes nouvelles avec impatience et savoir comment va la santé de notre chere Elise. J'espere qu'a mon retour, je pourrai encore m'occuper de quelques ouvrages, me sentant encore assez de force pour travailler, et je crois que c'est un besoin nécessaire pour moi. Enfin, dans 6 ou 7 semaines, je pourrai recevoir mon passeport et me mettre en route pour Paris, et j'espere pouvoir faire la traversée de Dover a Calais comme on fait Guyon et Noverre. Je t'embrasse mille et mille fois en t'assurant que je suis pour la vie, avec toute la tendresse, ton très cher et meilleur ami.
A. D. Philidor
Bien des amitiés a tous nos enfants, parents, parentes, amis et amies.
P.S. : D'après l'envoy de mon passeport, tu ne m'écrira plus.
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