L158 — Londres, 16 janvier 1795

L158 — Londres, 16 janvier 1795

[A sa femme]
Londres, ce 16 janvier 1795 vieux stile ou bien, en bon citoyen, Nivose septidi 3e Decadi 3e année de la République.

Ma très chere et très adorable amie,

Je suis au désespoir de ne pouvoir pas t'envoyer davantage que 10 guinée. Ce léger secours te sera de quelque utilité en attendant que je puisse mieux faire. Au mois de mars et avril, je serai en état de te faire des envoys plus considérable, étant le moment ou je commence a recueillir mes souscriptions. Tu peux compter sur mon amitié et mon plus grand bonheur sera toujours de pouvoir a tes besoins. Il fait un froid terrible depuis la veille de Noël et la gelée continue avec la plus grande force. Je crains que nous n'en ayons pour longtems. Heureusement que la goutte me laisse tranquille ; mais j'ai été attaqué d'une fluxion considérable qui est a sa fin, et je me porte très bien a présent.

Le mariage du prince de Galles est retardé jusqu'au mois de mars, ce qui fait que la ville n'est pas encore rempli de monde. Le 1er dîner a notre club est fixé pour samedy 24 de ce mois, et alors notre société se meublera et je pourrai trouver l'occasion de faire mes petites parties. Je te fais tous ces détails pour te prouver l'impossibilité ou je me trouve de pouvoir te faire passer des fonds, car je reste avec 15 shillings en poche, et pas davantage. On me porte presque tous les jours ta santé ou je dinne, et j'espere que tu ne nous fais pas mentir. Je suis invité souvent chez le chevalier Herries, qui est mon voisin. Enfin, je souhaite que tous nos enfants soyent en bonne santé, et sur tout notre brave soldat qui se trouve guerroyer dans une saison aussi rude. Quel bonheur sera-ce pour moi de pouvoir me retrouver au sein de ma famille après une absence aussi longue ! 

Je suis très déterminé a retourner a Paris a la fin de juin malgré la guerre. Nous aurons de quoi subsister quelques temps avec ce que j'aurai a recevoir au mois de juillet, et cette maudite guerre ne peut pas être éternelle. Charge Danican de veiller sur ma pension du Trésor National et donne tes soins a celle de la comédie. Quincy est toujours a Londres et me charge de te faire ses compliments, ainsi qu'a nos amis la famille Doublet. Le Texier va reprendre ses lectures qu'il avoit quitté pour être le majordome du margrave d'Anspach. Il étoit chargé de toute la dépense de cette maison, mais les domestiques en sous ordre sont parvenus a lui faire perdre cette entreprise. Il reste chambellan du prince, mais ses appointements ne suffiroient pas pour le faire vivre sur un grand ton. Gautherot vient de prendre une maison pour lui et sa famille. Il a louer son second et il compte faire la même chose pour le premier, et ils se trouveront logé pour rien, parce que la location leur payera plus que la rente de la maison.

Je te réitère tous mes sentiments d'amitié et de tendresse en t'assurant que mon plus grand bonheur sera, en te revoyant, de te jurer que je suis et serai pour la vie ton très cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

Embrasse Lise de bon cœur de ma part, ainsi que tous nos chers enfants, et bien des amitiés a tous nos parents, parentes, amis et amies.


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