L155 — Londres, vendredi 26 septembre 1794
Londres, vendemiaire quintidi 1er mois de la 3e année de la République ou vieux stile, 26 7bre 1794, vendredy.
Ma très chere et bonne amie,
J'ai commencé a prendre mon lait mardi dernier soir et matin, et il me passe très bien. Ainsi, tu ne me grondera plus. Je vois par ta lettre en datte du 2 de ce mois que tu fais des démarches pour faire rétablir les payements de ma pension sur la comedie. Assurément, d'après la déclaration que j'ai laissé a ma section et dont tu as copie, il est impossible qu'on puisse me mettre au nombre des Emigrés. Je te félicite d'être débarassée de notre pauvre cousine. C'est toujours une charge de moins. Tu as oublié ma comission auprès de ton frere Auguste pour s'informer de la santé du pere de la citoyenne qui t'a ramené un jour d'orage dans une espece de charette, lorsque nous demeurions rüe de Clery, après avoir dinné chez elle. Je m'imagine bien que le séjour de ton fils et ta bru t'on causé de la dépense, mais je te recommande l'économie. Mes moyens étant très borné pour pouvoir t'aider, je ne serai pas en état de t'envoyer des secours avant l'hiver.
Le Parlement s'assemblera cette année de très bonne heure. C'est pour le 4 de 9bre, ce qui ramenera du monde en ville et fera rouvrir les clubs. Je souhaite que ces événements puissent me mettre a porté de t'envoyer quelque chose au mois de Xbre. Je ne puis accepter aucun dinné pendant que je prend mon lait, attendu que je dinne a 3 heures précises, et c'est toujours a mes dépens. J'ai rendu compte a Noverre de la réponse que tu m'a fait savoir de sa femme. Depuis 5 mois, il a envoyé en deux fois 184 L. st., et il est dans les plus grandes inquiétudes sur la négligence de ses banquiers. Je crois qu'il va s'adresser cette même poste a Mr Luc Preisverch, que je lui ai recommandé pour son exactitude. Le comte de Bruhl est a la campagne et je ne l'ai point accompagné pour suivre mon régime. En total, je me porte mieux que l'année derniere, et je m'aperçois déjà que le lait me fait beaucoup mieux dormir, et d'un sommeil plus tranquille.
Bien des amitiés a toute la famille Doublet, ainsi qu'a mes sœurs, a ton frere Auguste et tous tes freres. Je ne suis pas encore bien certain de faire une nouvelle édition de mon livre. Mon libraire m'a assuré que l'on ne vendoit plus rien en Europe dans la crise présente et me conseille d'attendre une autre année. Au reste, tu peux compter sur mon zèle et ma tendre amitié, dont je te donnerai toujours des preuves tant qu'il sera en mon pouvoir. Tu ne mets aucune suite dans notre correspondance. Tu m'avois annoncé l'exécution du chœur du serment d'Enrelinde et tu m'a fait Quimbaix. Fais moi le plaisir d'envoyer la petite notte cy incluse a Mme Noverre sous enveloppe a Triel, et tu m'obligera ainsi que Mr Noverre.
Ma chere amie, j'espère qu'après cet hiver, je pourrai t'aller rejoindre. C'est un besoin pour moi et je crois que le plaisir de te revoir me rajeunira et me rendra toute ma santé. Je te jure une amitié éternelle et suis avec toute la tendresse ton très cher et meilleur ami.
A. D. Philidor
Embrasse de bien bon cœur de ma part notre chere Elise.
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