L152 — Londres, 29 avril 1794

L152 — Londres, 29 avril 1794

[A sa femme]
Londres, ce floréal nonidi 1re Decadi 2e année de la République ou 29 avril [1794] [vieux] stile.

Ma très chere et très bonne amie,

J'ai reçu ta lettre en datte du 7 et je m'en presse a te donner de mes nouvelles, quoi que je ne te fasse aucun envoy par celle cy, mais tu ne dois pas te plaindre de moi, car tu dois avoir reçu 20 guinées que j'ai remis a la maison Herries, le 18 du courant. Je compte être en état dans un mois de t'envoyer de quoi passer ton été sans inquiétude. Sois bien assuré de toute mon amitié et que mon plus grand bonheur seroit et sera toujours de pouvoir te rendre heureuse. Je te félicite sur ta bonne santé, malgré le carême civique, ainsi que sur ta jeunesse. (Présentement, parlons d'affaires.)

Je ne crois pas que les comédiens puissent faire des recettes assez considérable pour soutenir la dépense de leur théatre ; alors si c'est par cette raison que l'on suspend le payement de ma pension, il n'y a pas lieu de se plaindre, mais dans tous les cas, je ne veux point retirer mes pieces de la comedie italienne, et si ils veulent avoir des torts vis a vis de moi, je veux leur prouver mon attachement invariable pour leur théatre, sans aucun intérêt. Il viendra un temps ou ils me rendront justice et je n'ai aucune inquiétude sur les procédés qu'ils doivent avoir envers un auteur tel que moi. Tu peux faire lire a Michu ma profession de foi, et cela fera plus d'effet que toutes les lettres et menaces que tu pourrois faire. A mon retour je veux m'occuper a rajeunir mes anciennes pièces, d'en ôter les vaudevilles, refaire les morceaux qui ne me plaisent point, et cela peut augmenter mes honoraires ; et je me sens encore assez de force pour faire cette besogne, mais toujours pour le théatre de la comédie italienne.

Présentement, voici les comissions que je te prie de faire : il s'agit d'écrire a la citoyenne Noverre, a Triel, par Saint Germain et Poissy, pour lui faire savoir que son mari se porte bien et de savoir si elle a reçu 4 800 L. en assignats qu'on a du lui remettre, et tu me fera tenir sa réponse ; de plus, de prier un de nos enfants de passer chez Mr Bellecourt, rue Saint Nicaise, vis a vis le magazin de l'opera, n° 12, pour s'informer si il est mort ou vivant : son frere, mon perruquier ici, en est très inquiet. Je suis bien aise d'apprendre que mon brave soldat Auguste se porte bien et qu'il fasse son devoir en bon citoyen. Bien des amitiés a ma chere Elise ainsi qu'a tous nos enfants. Je te prie d'assurer Mr Puissant de tous mes sentiments de reconnoissance, ainsi que Mme Le Brun. Je me porte assez bien et la chaleur, avec le beau temps dont nous jouissons depuis 15 jours, m'a fait grand bien. Je ne me resouviens pas d'avoir vû une année aussi précoce que celle cy. J'attends avec impatience la séparation de notre club pour prendre le lait et du repos. Donne moi de tes cheres nouvelles le plus souvent qu'il te sera possible. Je ferai de même de mon côté par la voye de Bâsle. Je te réitère tous mes sentiments d'amitié et de tendresse et suis pour la vie ton très cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

P.S. : L'oncle des Dlles Desnoeuds est ici. Mr Seigne [déchiré] voudroit savoir si elles sont a Paris. Tu pourrois le savoir de ma sœur, que tu embrassera de ma part, ainsi que Mme Fortin.

Bien des amitiés a tous nos parents, parentes, amis et amies.


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