L150 — Londres, 18 mars 1794

L150 — Londres, 18 mars 1794

[A sa femme]
Londres, ventose 28 octidi 3e Décade, 2e année de la République ou bien, vieux stile, mars 18, 1794.

Ma très chere et très bonne amie,

Je t'envoye, avec bien de la satisfaction, les 1res quinze guinées dont je puis disposer. J'espère que, sous peu de jours, je serai en état de pouvoir renouveller pareil envoy. Cela dépend des souscripteurs les plus éxacts a payer leurs souscriptions, et ce sera toujours par la voye de Bâsle que tu recevras ton argent. Je te recommande, avec toute l'amitié que je t'ai vouée pour la vie, la plus grande économie et point de pensionnaires. Je ménage le plus qu'il m'est possible pour être en état de t'aider et je ne t'oublierai pas, mais cet hiver beaucoup de gens de qualités sont obligés d'être a leurs régiments de milice, et en conséquence, mes profits casuels en souffrent. La goutte me laisse assez tranquille et ma santé se rétablit petit a petit. Je pense que c'est une fièvre tierce qui m'a persécuté pendant plus de deux mois. Je continue la rhubarbe qui me fait un grand bien et mon appétit est revenu.

J'ai lu dans les gazettes que tout citoyen doit faire renouveller son serment civique sous une autre forme. Je te prie de faire des informations a ce sujet, parce que je t'enverrois mon petit papier de ma carte de sureté et de la prestation de mon serment en 92, et toi, avec ma procuration, tu le feroit renouveller.

Notre maudite séparation est une chose bien cruelle pour moi, mais ce qui me console un peu, c'est que la nuit, lorsque je rêve, tu es toujours de la partie. J'attends avec impatience de tes nouvelles : c'est un bonheur pour moi quand j'en reçois, et surtout si j'apprend que tu jouis d'une bonne santé. Je suis, avec toute la tendresse et la plus pure amitié, ton très cher et très bon ami.

A. D. Philidor

Mes amitiés a tous nos enfants, parents et amis, et donne moi des nouvelles de Betzi.

 

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