L149 — Londres, mardi 25 février 1794
Londres, ce mardi 25 février 1794.
Ma très chere et bonne amie,
J'ai reçu ta lettre en datte du 3 de ce mois, par laquelle tu m'annonce la réception des 15 guinées que je t'ai envoyé, faisant au taux du change la somme de 742 L. Je viens de regarder le petit régistre ou j'écrit les différentes sommes que je t'envoye et en vérité, j'ai lieu d'être surpris que près de 6 000 L., enfin 5 968 L. ait pu se dépenser dans le courant d'une année. Les plus gros ménage ne font pas cette dépense, et avec la pension de la comédie italienne, cela fait une somme de 6 768 L. Tu m'avouera que ton économie est diablement en défaut. Je ne vois aucune nécessité, dans ces moments malheureux, d'hébergé Mme Bonnard, Bouvier, etc., etc., ni tes enfants qui sont plus riche que nous si ils ont de la conduite.
Quand a moi, je n'ose pas dépenser un shilling mal a propos, et j'épargne le plus qu'il m'est possible pour être en état de t'obliger, mais il est impossible que je puisse continuer sur le même pied. Cet hiver ne sera pas aussi bon pour moi que les années précédentes, parce que plusieurs de nos membres sont obligés de rester a leurs régiments de milice nationale. Ainsi, arrange toi pour pouvoir vivre avec les deux tiers de l'année derniere. Je t'en averti d'avance et de bonne heure, pour que tu puisse mettre de l'ordre dans ta dépense. 4 000 L. que je pourrai t'envoyer, avec la pension de la comédie, feront une somme de 4 800 L., et ce revenu doit suffire pour faire vivre très grandement un ménage de deux personnes. Je suis enchanté que tu ès pris Catherine a notre service : c'est une fille économe et bonne cuisiniere pour des bourgeois. Je suis faché que l'établissement de ma fille soit manqué, mais il faut esperer qu'il viendra quelque autre occasion. La goutte ne me persécute pas beaucoup cet hiver, mais je ne suis pas content de ma santé : ma constitution s'affoiblit et j'attends le printemps avec impatience pour prendre le lait pendant quelques semaines.
J'ai jouée, samedi dernier deux parties sans voir a notre club, et l'ambassadeur turc, qui est résident ici, m'a honorer de sa présence et m'a fait dire par son interprete qu'il reviendroit une autre fois. Il a été très satisfait, ainsi que tout les spectateurs. Cela m'a valu, tous frais fait, 6 guinées et quelques shillings. C'est venu dans un moment ou ma bourse étoit vuide, car je ne dois rien, payant toutes les semaines mon loyer régulièrement. Je demeure cet hiver vis a vis le md fruitier ou Elise alloit chercher de bonnes oranges, parce que, chez le cordonnier ou j'ai demeuré deux hivers, ils ont voulu m'augmenter cette année. Mr et Mme Guyon te font leurs compliments et te prie de retourner a la diligence, en laissant un mot d'écrit pour Mme de Saint George en la priant de te faire une réponse par écrit si tu ne peut pas le voir. J'ai fait regarnir et raccommoder mes chemises par Mme Guyon, si bien que je me trouve avec 18 chemises presque toutes neuves. Cela m'a coûté une guinée et demie en tout.
Sois assuré, ma très bonne amie, que c'est avec beaucoup de chagrin que je te fais des réflexions sur ta dépense. Je voudrois qu'il fut en mon pouvoir de t'envoyer mille Louis par an, mais les pensionnaires nous ont toujours ruiné et je n'en veux point. Fais faire une tasse de caffé pour toi toute seule, et la cousine peut s'en passer, ainsi que les pensionnaires (mais je n'en veux plus). Tu me répondras sans doute que toutes les denrées sont augmentés considérablement. Je le scais, mais l'augmentation n'est pas le double de ce qu'elle valoient, et avec la moitié de ce que je t'ai envoyé des [déchiré] auroient pu vivre très grandement. Enfin, n'en parlons plus. [C'est une] chose faite ou il n'y a plus de remede. J'espère que tu prendra des précautions a l'avenir, et je te promets de ne point te laisser dans l'embarras. Je suis avec tout les sentiments d'une tendresse sans égal toujours ton très cher et meilleur ami.
A. D. Philidor
Bien des amitiés à tous nos enfants, parents et parentes, amis et amies. Adresse toujours tes lettres a Mr Luc Preisverch, près la Douane, a Bâsle, et je crois qu'il faut affranchir pour la Suisse.
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