L146 — Londres, lundi 11 novembre 1793
À sa femme
Londres, ce lundi 11 9bre 1793.
Ma très chere et très bonne amie,
Je suis dans une inquiétude inexprimable de ne point recevoir de tes nouvelles. Je t’écris cette lettre par la Suisse, et sans être cachetée, afin qu’on puisse la lire aux postes. Tu dois avoir reçu le mois dernier 840 L. en assignats et j’attends ta lettre de reception pour en payer le montant ici. De plus, tu dois recevoir avant la fin de ce mois 20, 25 a 30 guinées au taux du change du jour, dont on te fera le payement en assignats, mais tu ne donnera de quittance que préalablement tu te sois assuré du prix du change. Je me suis engagé a payer le montant de ce que tu auras reçu sur ta quittance. Je te conseil de m’écrire sans cacheter tes lettres, cela empêchera tous les retards, et tu m’adressera dorénavant de cette manière.
To Mr Philidor at Mr Parsloës Saint James Street Facing Pall Mall à Londres.
Je remercie journellement la providence, qui me donne les moyens de pouvoir soutenir ma famille, mon principal talent et mes ouvrages qui m’ont couté des veilles ne me servant a rien. Enfin, je n’aurois jamais imaginé que sur mes vieux jours, le jeu d’Echecs seroit ma seule ressource. Cette année se présente sous de grands avantages. Tu scais que le comte de Bruhl et Mr Conway me font a eux deux une gratification de 40 guinées annuellement, et tu dois te rappeler que l’on m’envoyoit a Paris sur cette souscription 20 a 25 guinées pour mon voyage.
Ce fond dort sans être entamée et l’on me doit dans ce moment au dessus de trente guinée. Je dépense très peu parce qu’on me mène de campagne en campagne, ou je suis bien nourri, chauffé et logé, et l’agrément de vivre dans des sociétés charmantes. Tous ces plaisirs sont diablement troublées par notre cruelle séparation, sur tout lorsque je suis livré a mes réflexions le soir et le matin que je me trouve seul et privé de pouvoir t’embrasser, ainsy que nos chers enfants. La goutte me laisse tranquille et je me porte a merveille. Embrasse tous nos enfants de ma part, ne pouvant pas m’en acquitter moi même. Tu peux être assuré, ma bonne amie, que je ne t’oublierai pas et que je mettrai tout en œuvre pour te faire tenir des fonds. Je suis pour la vie, avec la plus tendre amitié, ton très cher et meilleur ami.
A. D. Philidor
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire