L143 — [Londres], 17 mai 1791
À son fils aîné
[Londres] Ce mardi 17 may 1791.
Mon cher ami,
Je te prie de remettre a Mr Puissant les 247 L. du restant de la pension de la cassette, et si tu reçois a l’opera, tu lui en remettra le montant également. Je désirerois fortement que l’on payat ce qui est en arriéré, tant a l’opera qu’au Tresor Royal, parce que je n’arriverai pas a Paris très riche, attendu que trois personnes ne vivent pas de l’air du temps a Londres pendant 10 mois, et les 12 guinées payées a Puissant m’ont mis a court. Je pense que ton oncle Antoine aura suivi mes desirs concernant Auguste, et qu’il aura réservé 18 livres par mois de la pension sur la comedie dont je l’avois chargé de t’en remettre le montant pour payer quelques bagatelles dont tu me tiendra compte a mon retour. Je fixerai samedy prochain le jour de mon départ, et non avant. Je ne conçois pas que Mr Doublet ne m’ait pas accusé la reception du livre de Payne que je lui ai envoyé port payé par la diligence. Tu me fera plaisir de t’en informer et de me le mander aussi tôt, afin que j’aye le temps d’en faire la réclamation avant de partir pour Paris.
Ta mere et ta sœur ont été vendredi dernier voir la Tour avec moi, ainsy que Saint Paul, la Banque et la Bourse. Je compte cette semaine les régaler de Ranelaugh et de Wauxhall. J’aurois bien desiré leur faire voir quelques belles campagnes, mais tout cela est trop couteux pour moi. Elles ont été hier se promener dans les jardins de Késington, qu’elles ont trouvés charmants. On désire fortement ici que la Russie fasse la paix avec le Turc, car si la guerre a lieu entre cette puissance et l’Angleterre, ce pays cy se ruinera et finira par suivre l’exemple du peuple françois. L’ouvrage de Payne a échauffé bien des têtes, et malgré tout ce que pourra dire Burke, il faut une amélioration dans le gouvernement anglois. Tous les François, tant militaires, Ecclésiastiques, Seigneurs ou gens de qualités, robins et financiers qui étoient fugitifs dans cette ville sont tous partis, les uns pour Bruxelle et les autres pour Aix la Chapelle.
Mme de Calonne part demain, et l’on croit que son mari ne reviendra plus a Londres. La grande fortune dont ils jouissoient tous les deux est écorné dans ce moment. Mme du Barry est encore ici. On lui rendra les Diamans ; les voleurs sont en liberté. Elle peut les retirer, mais il faut qu’elle donne une caution pour mettre a l’abri le Lord Maire de poursuite, au cas qu’il y ait une réclamation sur ces objets. C’est la même formalité qu’on exige dans tout pays pour un billet perdu et qu’on paye.
Bien des amitiés a tous tes freres, ainsy qu’a mes sœurs et a tous tes oncles. Je t’embrasse de tout mon cœur et suis avec amitié ton cher papa.
A. D. Philidor
[P.S. de la main de sa mère]
Tu ne parleras pas du livre a Mr Doublet : ils m’en on accusé la réception, mais ton pere ne le savais pas. Je remersi bien Mme Richer de painnes qu’elle se donne. Ma cousinne ce serais chargée de cette embarras. Tu feras mes compliment a tous le monde. Nous orons le temps de disputer sur les comparaisons des jardin englais et français. Je te remercie de tes soins pour notre petit ménage, et tembrass insi que tes freres.
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