L141 — Londres, 22 mars 1791

L141 — Londres, 22 mars 1791

À son fils aîné

Londres, ce 22 mars 1791.

Mon cher ami,

Ta dernière lettre m’a fait très grand plaisir, et sur tout l’article qui concerne le payement de l’arriéré des pensions. J’ai écrit a Mr Puissant par la derniere poste et je lui marque que je remettrai, du 15 au 20 avril, a son fils, 300 L. tournois et que je ne m’engage pas pour les 200 L. avant mon départ. Le taut du change lui fait peur, mais il ne doit pas me croire assez imbécile pour ne pas prendre une petite notte du 1er banquier sur la valeur de 300 L. tournois. Selon mon compte, cela fera, argent Anglois, 10 guinées et une demie couronne. Je t’envoye mon certificat de vie, que tu montrera a Mr Prieur avant de le remettre a Mr Guénard avec ma quittance pour Mr de Septeuil. Il faudroit ne pas perdre de temps pour Mr Guénard, afin qu’il put recevoir a la cassette le 1er dimanche d’avril. Quand a la délégation pour Mr Prieur, tu la gardera pour la recevoir toi même, et tu remettra a Mr Puissant ces deux objets qui feront ensemble 750 L. 300 L. qu’il a reçu depuis mon départ et 300 L. que je remettrai a son fils feront monter le total de mes acomptes a 1 350 L. Tu vois que si on reçoit l’arriéré des pensions, je pourrois être en état de me trouver au pair avec lui sans m’engager a remettre deux cent livres de plus a son fils. D’ailleurs, il ne gagnera que la commission, car je ne puis payer qu’au taut du change.

Ta mere se porte mieux, mais elle n’est pas totalement rétablie. Ta sœur a pris une petite médecine aujourd’huy, qui ne sera pas la derniere, mais je la crois en bon train de se guérir. Une dent de sagesse qui lui pousse lui a fait enfler la margoulette. Toutes les deux soupire après leur retour, ce qui me fera presser mes affaires pour être a Paris a la fin de may. Je m’imagine que la petite pièce de Mr Collin dont Mme Doublet nous annonce la réussite sans nous dire le titre, est Mr Cracq. On a mandé a votre mere que vous aviez été très aimable au festin donné a Mr et Mme Clément. Il y aura ici beaucoup de nos danseurs trompés dans leurs Espérances. L’opera du Panthéon est ouvert, mais il ne peut réussir, parce que le théâtre est trop petit pour l’effet des ballets. Ainsi, tous les bénéfices de cette maison seront au Diable. Le théâtre de Haymarket est très beau, tant pour la salle que pour le théâtre, mais le Roi ne veut pas donner la permission d’ouvrir ce théâtre. On y donne ce soir une seconde répétition générale gratis, avec tous les habits et décorations comme a une représentation. Hilleysberg et le jeune Vestris ont fait des prodiges a la 1re répétition, et je ne doute pas qu’il n’en soit de même ce soir, ainsi que David, qui a le plus grand des succès, mais malgré les bénéfices si on a pas la permission d’ouvrir ce théâtre. Voila ce qui chagrine beaucoup le Diû de la danse et consorts.

Je ne suis pas encore totalement quitte de ma goutte, mais au moins cela ne m’empêche pas de vacquer a mes affaires. Je vais clopin clopant. Ta mere et ta sœur te font milles amitiés et je t’embrasse de tout mon cœur.

Ton pere

A. D. Philidor

P.S. : N’oublie pas de faire biens des amitiés de notre part a Mr Guénard et de lui remettre au plus vite mon certificat de vie avec ma quittance.
Il faut que tu tienne un compte exact de tes fraix de poste. Je t’en remettrai le montant a mon retour.
Bien des amitiés a tous tes freres, a tous nos parents, amis, etc., etc.

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