L136 — Londres, 17 septembre 1790

L136 — Londres, 17 septembre 1790

À son fils aîné

A Londres, ce 17 7bre 1790.

Mon cher ami,

Je t’envoye la quittance pour Mr Prieur des six premiers mois de ma pension de l’opera. Les cent livres qui resteront doivent être employé de la maniere suivante : 15 L. au traiteur, 16 L. 10 s. pour la capitation. Le restant servira pour le md de vin mais, comme son mémoire ne monte pas a cette somme, ce qui restera sera pour la coëffeuse de ta mere. Je desire ardemment te pouvoir trouver quelque chose dans ce pays, mais le travail t’épouvante et tu voudrois faire fortune en ne songeant qu’à multiplier tes plaisirs. Les gens oisifs ne sont pas plus heureux ici qu’à Paris. Cependant, je verrai Le Texier, a qui j’ai fait ma visite et qui me l’a rendue. Je compte lui parler de toi, et sous ses auspices, tu pourrois risquer quelques lectures chez lui comme son protégé. Je crois que ce parti vaudroit mieux que de chercher a combattre en rivalité un homme qui jouit d’une réputation meritée. Nous savons mieux les nouvelles de France a Londres qu’a Paris même, et les troubles qu’on nous annonce me servent a consoler ta mere. Je ne suis pas assez fortuné dans ce moment pour lui procurer tous les agrémens dont cette capitale est susceptible, étant obligé de vivre avec économie jusqu’au moment ou mes affaires iront un peu.

Il n’y a personne en ville et j’attend avec impatience la rentrée du Parlement. On continue d’armer a force ici. Je plains ma pauvre patrie si l’on songe a guerroyer. Quand aux Espagnols, je voudrois les voir tous pendus, mais je crois qu’ils seront bien battus par les Anglois. Dans les malheurs qui accablent notre pauvre patrie, je voudrois que mes parents qui jouissent de quelque chose puissent réaliser ce qu’ils ont, et venir jouir de la tranquilité de ce pays. Nous prendrions une maison, nous viverions ensemble et on s’amuse a Londres aussi bien qu’a Paris.

Je te prie de faire bien des amitiés a Mr Puissant de ma part, ainsy qu’a Mr Deslandes, d’embrasser tous tes freres et de leur recommander le travail, ce qui ne leur plait pas, sur tout a Frédéric. Bien des amitiés a tous tes oncles et a ma cousine. Beaucoup de tendresse a ma sœur et a Mr et Mme Fortin. Ta mere et ta sœur te font milles amitiés et suis pour la vie ton très dévouée Pere.

A. D. Philidor

N’oublie pas d’embrasser ton frere Danican pour moi, pour ta mere et pour Elise.


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