L135 — Londres, mardi 17 août 1790
À son fils aîné
Londres, ce mardi 17 aoust 1790.
Nous sommes arrivés, mon cher ami, en très bonne santé, samedy 14 a 3 heures, très fatigués, de la diligence de France. Le passage n’a été qu’un amusement, ainsi que le voyage de Douvres a Londres. Betsy a été très aimable et personne n’a été malade. Nous avons passé la mer jeudi sur un bâtiment anglois qui partoit de conserve avec un paquebot françois où étoient les passagers de la diligence. Le Capitaine Anglois est arrivé dans le port de Douvres a minuit, et le François, n’étant arrivé qu’a trois heures du matin devant Douvres, a manqué la marée et les passagers ennuyé ont pris un petit batteau pour débarquer a 7 heures du matin. Nous étions partis ensemble de Calais a une heure. Voila une nouvelle preuve de la supériorité des Anglois concernant la navigation. J’en suis fâché comme François, mais c’est un fait et c’est un fait.
Le Parlement ne s’assemblera qu’au mois de Novembre définitivement, et les armemens redoublent ici depuis que le comité chargé de juger la question si on devoit remplir les engagemens du pacte de famille envers l’Espagne a décidé, par la majorité de deux voix, qu’on devoit assister l’Espagne. Le Ministere a déjà envoyé des lettres de marques a la cité pour armer des corsaires. Nos aristocrates veulent forcer les Anglois a nous faire la guerre et prendre nos vaisseaux. On prétend ici que les deux voix de majorité dans cette grande question a couté beaucoup d’argent. C’est ce que les papiers publiques annonce comme un fait, et il n’est pas douteux que si on a la bêtise, en France, de prendre le parti de l’Espagne, que les Americains se tourneront du côté de l’Angleterre. Alors le rétablissement du despotisme coutera diablement cher a la France et a l’Espagne, car il faudra renoncer aux Isles et a toute les possessions de l’Amerique.
Je te prie d’assurer Mme Puissant de nos sentimens d’amitié et de reconnoissance, ainsy que Mme Lebrun et Mr Deslandes. Ta mere ainsi que moi te recommandons d’aller voir Mr et Mme Doublet pour nous en donner des nouvelles dans ta prochaine lettre, et tu n’oubliera pas de nous marquer les réflexions et les litanies qu’on aura récité sur notre voyage dans les différentes sociétés de nos parents. Je compte que tu n’aura pas oublier de passer chez Mme Jusseran et lui dire que, mes pensions n’étant point payés, il m’est impossible de pouvoir la satisfaire dans ce moment. Personne n’est en ville, et j’attends que j’aye quelque argent pour mener promener ta mere et ta sœur, et leur faire voir Wauxhall et Ranelaugh.
Bien des amitiés a tous tes freres et suis ton affectionné pere.
Bury Street, n° 6 Saint James a Londres
A. D. Philidor
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