L132 — Londres, mardi 25 mai 1790

L132 — Londres, mardi 25 mai 1790

[A sa femme] A Londres, ce mardi 25 may 1790.

Ma très chère et bonne amie,

Comme je ne peu pas partir aussitôt que je le désirerois, je t’envoye une petite lettre de change en attendant que le Roi arrive. Tu donnera à mon fils aîné les deux cent livres qu’il t’a prêté, et le reste sera pour donner le mois de juin à ma cousine, et la moitié du mois à nos deux jeunes gars ; le reste est pour ton ménage. Lorsque tu recevra cette lettre, tu me fera réponse sur le champ, en m’accusant la reception du billet de change et tu ne m’écrira plus. Je souhaite et j’espère pouvoir arriver avec 50 Louis. C’est là ou peuvent aller mes esperances et je compte que mon voyage aura fourni dans le ménage, tout fraix fait, 3400 L. Je compte partir le 5 ou le 7 de juin et je ramasse tout ce qui m’est possible. Ce qui restera en arriere nous servira l’hyver prochain. Tes mouchettes sont chez moi, mais je suis au désespoir de ne pas pouvoir me charger de la commission de notre bon frere Antoine. 

Les toiles de cotton et tout ce qui sort des manufactures d’Angleterre est contrebande, à moins qu’il n’y ait la quantité d’aulnage taxé, soit 200, 400 au plus, je l’ignore. Les bas pour ma fille, je les ferai marquer et laver pour qu’on ne me les saisisse pas, car il faut, je crois 50 ou 100 douzaines pour n’être plus contrebande. J’espère que cette lettre trouvera ma fille en bonne santé, et j’ai été on ne peut pas plus sensible à son accident. Embrasse la pour moi. Dans la clinquaillerie, les plus petits objets ne sont point contrebande. Je reçois à l’instant ta courte lettre, et j’ai la satisfaction d’apprendre que ma fille va mieux et que tu te porte bien. Le piano forte a du partir de Calais le 22. Les droits d’entrée montent à 30 L. 15 s. Je crois que je redevrai à Mr Chénot une guinée ou un Louis. Je m’en expliquerai avec l’ouvrier et j’arrangerai cela à mon retour.

Je jouis toujours d’une très bonne santé, et j’attend avec bien de l’impatience le plaisir de te revoir et t’embrasser avec toute la tendresse et toute l’amitié que je t’ai vouée pour la vie. C’est avec de semblable sentiments que je suis ton très cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire