L131 — [Londres], mardi 18 mai 1790
[A sa femme] [Londres] Ce mardi 18 may 1790.
Ma très chère et très excellente amie,
Je ne crois pas qu’il me soit possible de pouvoir partir avant les 1ers jours du mois prochain, mais point d’inquiétude pour le billet de Philidor. Je lui enverrai par ou à toi, dans ma premiere lettre, de quoi faire honneur à ses engagemens. Je suis bien aise que tu ait remis à Mr Puissant la pension de la cassette. Il aura encore le quartier de l’opéra et cela avancera un peu notre dette. Je suis occupé à ramasser ce qu’on me doit et cela ne va pas aussi vite que je le désirerois. Je continue à jouir de la meilleure santé, et il ne me manque que ta présence pour être le plus heureux des hommes. Notre clergé me paroit vouloir faire tous les efforts possible pour faire avorter la vente des biens ecclesiastiques. Il y aura des secousses dans plusieurs provinces, mais je ne crois pas qu’une contre révolution puisse avoir lieu. Les parlements doivent être furieux de l’établissement des jurés et des nouveaux tribunaux.
Nos financiers sont absolument enterrés et Paris souffrira beaucoup, mais nos campagnards seront beaucoup plus heureux. Je me suis assuré d’un logement pour toi et ma fille : l’hyver prochain, tu seras au premier, une chambre pour toi, une pour ma fille, et un très joli sallon, des cheminées par tout, l’usage de la cuisine, et la servante fera notre petit ménage. Comme le Parlement s’assemblera vers le mois de novembre, nous partirons vers ce temps là. Les préparatifs pour la guerre avec l’Espagne vont grand train. Il y aura une flotte en mer de 40 vaisseaux de ligne avant trois semaines. Tous les marins sont dans la plus grande joye.
Le piano a du partir jeudi. J’ai envoyé le connoissement à Calais pour qu’on le retire de la Douane et qu’on le fasse expédier par les rouliers pour Paris à l’adresse de Mr Ammonin. Nous avons fixer notre dernier dîner pour cette saison à notre club le samedy 29 et deux ou trois jours après, je compte me mettre en route pour t’aller embrasser depuis les pieds jusqu’à la tête et ne rien oublier en passant. Je me réjouis très fort que l’opéra soit revenu au Palais Royal et je suis bien enchanté qu’on travail à supprimer nos districts.
Je te renouvelle tous mes sentiments d’amitié et de tendresse, te souhaitant une bonne santé, ainsi qu’à tous nos enfants, et t’assurant que ce sera une véritable fête pour moi de te revoir et de te jurer que je suis pour la vie ton très cher et meilleur ami.
A. D. Philidor
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