L127 — [Londres], mardi 20 avril 1790

L127 — [Londres], mardi 20 avril 1790

[A sa femme] [Londres] Ce mardi 20 avril 1790.

Ma très chère et très bonne amie,

J’ai payé le piano forte vendredi dernier 15 guinées. Ainsy, tu en aura trois pour toi. Je ne puis pas envoyer cette quittance, mais d’abord que le vent changera, je t’enverrai le montant de l’emballage et du fret jusqu’à Calais, que Buntebart m’a promis de mettre en regle, et mentionné que le piano forte coute 18 guinées. Je t’envoye cy joint mon certificat de vie pour toucher sur la cassette et le montrer à Mr Prieur avant, en lui présentant mon petit mandat. Tu dois avoir un certificat pour le semestre de ma pension du Trésor Royal. Je désirerois que ce semestre fut employé tout de suite à payer mon quart en entier. Il faudroit pour ce que nos parents puissent avancer de quoi payer la capitation. Ce n’est pas une assez grosse somme, et nous serions tout de suite débarrassé. Je compte être à Paris avant la fin de may et assurément un mois de crédit n’est pas une chose bien exigeante, sur tout pour une aussi petite somme. Je compte pouvoir t’apporter 60 guinées. Je suis dans le moment de mes recettes et je paye à mesure ce que je puis devoir. Ainsy, je ne compte plus t’envoyer d’argent et je préfère de t’apporter en especes sonnantes ce que je pourrai. 

J’ai écrit, par la derniere poste, une assez bonne lettre à Mr Bailly, notre Maire. J’espère qu’il en fera usage et qu’il me fera des compliments dans sa réponse. Je n’ai pas pu faire usage de mon Te Deum ; ainsy, j’aurai la peine de le renvoyer. Je continue à jouir de la meilleure santé. J’espère que tu ne souffre plus de ton Rhumatisme et je suis on ne peut plus affecté de l’état ou se trouve notre bon ami Doublet, d’autant que je ne les crois pas plus riche que nous. Point de servante, ma bonne amie, dans ces temps de crises ; il faut s’attendre à tous les événements et je puis t’assurer qu’à mon retour je me ferai un véritable plaisir de t’aider. Je ne crois pas que ton frere Silvestre conserve plus de 3000 L. de pension. Il me paroit que c’est le plan de ne pas passer au dessus de cette somme pour les particuliers. J’en suis fâché pour lui, car il mériteroit une meilleure fortune. Le fameux livre rouge que j’ai lu m’a beaucoup amuser. J’aime mieux ces ouvrages là que les plaisanteries. Cela doit avoir fait une grande sensation en France. Ce n’est qu’un échantillon, parce que le comité n’a pas dû déchiffrer encore la totalité. Les papiers anglais font de mauvaises plaisanteries sur Mr de Calonne, en faisant remarquer que ce sont les années de son ministere ou sont les plus fortes déprédations.

J’espère dans cinq semaines avoir le plaisir de t’embrasser avec toute la tendresse dont je suis capable et te renouveller tous mes sentiments d’amitié. Je t’assure en attendant que je suis pour la vie ton très cher et véritable ami.

A. D. Philidor

P.S. : Bien des amitiés à tous nos enfans, parents et amis.

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire