L124 — Londres, 30 mars 1790
[A sa femme] Londres, ce 30 mars 1790.
Ma très chère et très bonne amie,
Je te demande pardon de t’avoir oublier la poste derniere et je suis obligé des conseils que tu me donne, mais 25 Louis ne se gagne pas si facilement. Tout ce que je puis t’assurer, c’est que je jouerai encore deux fois, et voilà tout. Au reste, je me porte à merveille, et tout le monde me fait compliment sur ma santé. Je vais passer ce matin chez le faiseur de piano forte, ou j’en avois marqué deux et celui que je destinois pour Mr Madinier sera pour Mr Chénot, le trouvant supérieur pour le son, sur tout les basses. Je le ferai partir à la fin de la semaine, parce qu’il y a quelques petites réparations pour quelques cordes qui tinte, et il faut que l’égalité et la qualité de son existe par tout. Je pense que cela fera un excellent instrument. Je suis enchanté que ta Cateau soit plus belle que jamais. Le cadeau que je compte te donner ne coutera aucune nourriture ni ne causera aucun embarras.
Mr et Mme de Calonne m’ont très bien reçu et m’ont engagé de venir les voir souvent, c’est à dire à dîner. Je vois souvent chez le comte de Bruhl à dîner la Marquise de Roncherolle, ainsy que Mme de Cannillac, sa fille, qui est très jolie, laquelle est attachée à Mme Elisabeth. Il y a beaucoup plus de femmes françoise de qualité ici qu’il n’y a d’hommes. Je n’ai jamais vu un hiver semblable depuis que je suis au monde. Il n’a plû que deux fois depuis le 30 janvier, quelques fois des petites gelés, mais point de glace, ce qui chagrine beaucoup de monde qui ne pourront pas boire frais cet Eté. Le jeune Bruhl, qui a passé un hiver en Provence, m’a assuré qu’il n’avoit pas éprouvé un climat aussi tempéré ni un aussi beau ciel. J’ai joué samedy dernier pour la 3eme fois. J’ai gagné l’une des parties, perdu une, et l’autre remise. Elles ont duré 2 heures 16 minuttes. Je ferai la commission du pauvre Agus vis à vis de son fils. Je désire de toute mon ame que mes deux jeunes enfants puissent trouver des places. Le parlement sera dissous vers le 20 de may et je compte me préparer à partir vers ce temps.
Je te plains beaucoup de tous tes embarras et de toutes tes peines, mais puisque tu a pris le parti de te passer d’une servante, je te conjure d’avoir le courage de n’en pas reprendre que nos affaires ne soient un peu arrangé. Je me ferai le plus grand plaisir, à mon retour, de partager ton ouvrage pour le ménage. Enfin, nous nous aiderons l’un et l’autre réciproquement. On est dans un moment de crise ou personne ne peut être assuré de son existence. Si je perds mes pensions, je n’aurai d’autre ressource que l’Angleterre. Si je les conserve, j’ai des projets pour augmenter mon revenu en France, en mettant mes talents en exercice, lesquels ne seront plus arrestés par l’impunité des privilèges. Nous causerons de cet article à mon retour, et j’espère que tu sera contente de mes projets.
Je te souhaite une aussi bonne santé que celle dont je jouis, et je te réitère toujours le même serment que je ne cesserai de t’aimer plus que moi même, et que je suis pour la vie, avec la plus vive tendresse, ton très cher et très bon ami.
A. D. Philidor
Bien des amitiés et des embrassades à tous nos enfants, parents et amis.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire