L113 — [Londres], vendredi 15 janvier 1790
[A sa femme]
[Londres] Ce vendredy 15 janvier 1790.
J’envoye à Silvestre, par cette poste, ma très chere et très bonne amie, une lettre de change de 389 L. 3 s., dont après avoir pris les 10 Louis qu’il t’a avancé, il te remettra 149 L. 3 s. Voici le calcul exact de ce que j’ai dépensé en trois mois, et il est de toute impossibilité que je puisse soutenir cette dépense.
| ------------------------------------------------------------------------------- | ----- |
| Quand je suis parti, je t’ai laissé en poche | 96 |
| J’ai donné le 1er mois à mes enfants et à ma cousine, faisant | 66 |
| J’ai envoyé une lettre de change de | 308 |
| Silvestre a remis | 137 |
| l’argenterie vendue a produit | 296 |
| Silvestre a avancé | 240 |
| Total | 1 143 |
plus un mois ditto sur les 240 L., faisant 66 L.
en tout 198 L.
qui de 1 143 L.
paye 198 L.
restera 945 L. qui ont été dépensé seulement pour ta fille et pour toi.
Mais il ne m’en coute pas moins 1 143 L. pour 3 mois, ce qui feroit par an 4 572 L., sans mon loyer. Ce tableau est effrayant, sur tout étant absent de chez moi. Je te prie donc en grace de prendre le parti que je te recommande dans ma dernière lettre, qui est de nourrir les deux jeunes garçons, et ne point leurs fournir de vin. Ils peuvent en acheter avec ce que ma sœur leur donne. Du fromage à souper, et jamais ne passer les trois livres de viande ou la valeur, soit en ragout, rôti ou pot au feu. Je dinne parfaitement bien ici à la vérité, mais mon souper est un morceau de pain sec et la valeur d’une demie bouteille de bierre et, si je me prive à mon âge des agrémens de la vie, à plus fortes raisons mes enfants doivent ils avoir des privations.
Mon grand chagrin est de ne pas pouvoir te rendre plus heureuse. C’est ce qui fait mon désespoir. Je voudrois pouvoir être à Paris pour te servir de femme de chambre et de cuisinière, et c’est ce que je ferai avec le plus grand plaisir à mon retour. Mais en suivant le plan que j’ai tracé dans ma précédente, je vois que pour moins de 100 Louis par an, nous pouvons (non pas bien vivre) mais subsister et faire honneur à nos affaires. Il ne s’agit plus de dire : « Si je mange quelque chose, je veux que tout le monde en ait ». Cela fait l’éloge de ton cœur, mais tout cela est bon quand on est riche.
Je perds cette année un souscripteur de 20 guinées, qui est le Duc de Malborough qui s’est retiré de notre club. Voilà une perte réelle pour moi. Il est difficile de trouver un remplacement aussi considérable. Je n’ai d’autres ressource que mes parties sans voir l’Echiquier, qui me fatiguent, mais qui me produisent quelques bénéfice. Il faudra en jouer davantage cet hiver que par le passé. Je me porte à merveille et je te souhaite la même santé. Si la goutte ne m’attaque pas cette année, tu me trouveras engraissé à mon retour, Le parlement s’assemble jeudi prochain et j’espere que mes affaires iront leurs train ordinaire, mais je ne prévois pas pouvoir te promettre aucun envoy avant deux mois. C’est pourquoy je mande à Silvestre de te remettre la pension de l’opera, et celle du Trésor Royale à Mr Puissant.
L’opera bouffon ici ne fait rien. Il est détestable en sujets et personne n’y va. Le Texier a gagné à Bath, par ses lectures [tout compte fait] 500 guinées en trois semaines. Je crois que [déchiré] qui est toujours aussi fou ne fera rien dans [déchiré] m’a dit qu’il ne joueroit pas à moins de 25 guinées. Alors il aura peut être 3 ou 4 concerts dans l’hiver, et si son prix étoit à 5 guinées, il auroit tous les jours au moins deux concerts pendant la saison. Saint George fait une grande entreprise. Il ne manque pas de souscripteurs, mais les dépenses iront au delà de la souscription. Je te souhaite du courage, ma très chere et tendre amie, et je te réitère tous mes sentiments d’amitiés et de tendresse, en t’assurant que je suis pour la vie ton très cher et meilleur ami.
A. D. Philidor
J’écrit à ton frere de t’envoyer sur le champ les 149 L. 3 s. qui te reviennent sur la lettre de change.
P.S. : Il n’est pas nécessaire d’informer ma sœur que tu nourris Frédéric et Auguste dans la crainte qu’elle ne retienne ce qui doit leur servir pour acheter du vin, sur tout elle qui n’en boit pas et qui n’aime que les buveurs d’eau.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire