L111 — [Londres], vendredi 8 janvier 1790

L111 — [Londres], vendredi 8 janvier 1790

[A sa femme] [Londres] Ce vendredy 8 janvier 1790.

Ma chere amie,

Je te suis obligé de tous les détails que tu m'envoye par ta lettre en date du 4. Il sera très dur pour toi, sur tout dans l'hiver, de te passer d'une servante, mais il est certain que je ne puis soutenir la dépense qui s'est fait chez moi depuis mon départ. Ce n'est point du tout par humeur, ni pour gronder ma chère et très tendre amie, c'est par l'envie que j'aurois de pouvoir me trouver sans embarras a mon retour. J'avois imaginé qu'au sujet de nos jeunes garçons, qui sont mal nourri a ce que tu me marque, si cela ne te causoit point d'embarras, au lieu de leur donner 60 L., ce seroit de les nourrir en mettant un fort pot au feu et n'avoir qu'une petite entrée pour toi toute seule, et les 15 L. que ma sœur donne par mois serviroit pour acheter du vin pour eux, dont ils se fourniront sans qu'ils boivent le tien. Tu y fera réflexion et tu me fera savoir le parti que tu auras pris. 

Je m'arrangerai pour envoyer a Silvestre une lettre de change d'aujourd'huy en huit, et je l'adresserai a lui même. Je ne paye plus mon loyer depuis quelques semaines, étant a court. Je vois par les nouvelles publiques qu'on doit payer les pensions au dessous de 1 200 L. comme a l'ordinaire. Il faudroit envoyer chez Mr Prior a l'opera, pour s'en informer, et le savoir au Trésor Royale pour mon semestre de janvier. Alors, je t'enverrois sur le champ mon certificat de vie. Je vois de même qu'il faut faire une déclaration des pensions dont on jouit. Celle de l'opera n'est pas dans ce cas, ni celle de la comédie, mais il faudra donner copie exacte de mon brevet au comité des finances, qui ne donne que deux mois pour faire cette déclaration.

Je suis enchanté qu'Antoine ait trouvé une place et très fâché des chagrins de Silvestre. Je pense qu'il doit être sans inquiétude sur les comptes qu'il a rendus, mais il est possible que Mr Bertin, qui étoit fort ami de Mr de Calonne, ne soit pas dans le même cas que ton frere. D'ailleurs, il craint peut être des réductions sur sa pension, et un moment terrible pour esperer une retraite de service. Mr et Mme de Calonne sont a Bath. Je vois l'abbé souvent, et je compte renouer connoissance avec eux a la fin du mois. C'est la foutu betise du portier. J'attends le comte de Bruhl incessament. J'ai fait les Rois avec Saint George et Jarnowick. Nous avons bû a ta santé, et Jarnowick qui se mouroit d'envie d'entendre de ma musique ; j'ai chanté tout ce que j'avois de partition chez moi toute la soirée, accompagné de Saint George et Jarnowick, au grand contentement des spectateurs.

Bien des amitiés a tous nos enfans, a tous nos parents, parentes, amis et amies. Je te souhaite une aussi bonne santé que celle dont je jouis, et je t'embrasse mille fois et suis pour la vie ton très cher et tendre ami.

A. D. Philidor


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