L110 — [Londres], 22 décembre 1789

L110 — [Londres], 22 décembre 1789



Fac-similé d'une partie de la lettre du 22 décembre 1789

[A sa femme] [Londres] Ce 22 Xbre 1789.

J'esperois, ma très chere et bonne amie, que tu aurois eu assez d'argent pour atteindre le mois de janvier. Selon mon compte, tu dois avoir dépensé près de 400 L., et c'est beaucoup trop. Il est impossible que je puisse tenir a cette dépense. Je crois bien que les maladies ont été couteuses, mais 66 L. par mois pour mes deux jeunes garçons et ma cousine, et 200 L. par mois pour toi et ma fille est a peu près ce que nous dépensions, tous mes enfans nourris, Philémon et moi a la maison.

Le comte de Bruhl est parti pour la campagne et ne reviendra en ville que le 10 du mois prochain. Mais j'écrit par cette même poste pour qu'on t'avance 10 Louis a ton frere Silvestre, auquel je promets d'envoyer une petite lettre de change le 15 du mois prochain de près de 400 L., dont il te remettra le surplus des dix Louis avancés. Sur ces 10 Louis, tu donneras 60 L. à Auguste et Frédéric, ainsy que six francs a ma cousine, et tu chercheras a ménager les Etrennes. J'ai encore près de un mois a passer sans faire d'affaires, et ce n'est que par l'économie que je trouve le moyen de payer ma dépense. Tout est tranquille ici, et presque toute la noblesse est à la campagne. Je me suis trouvé la semaine dernière a un dîner de musiciens et compositeurs. On a a la bouteille fait des canons, mais aucun de la compagnie n'a pu faire un canon a la 5te, et me suis avisé d'en faire un qui n'est pas mauvais. Tu pourras en régaler ton frere Silvestre a sa fête. Ton Auguste pourra faire son Canadien et Antoine chantera la basse.

C'est ce qu'on appelle le canon scientifique, et il n'y a que les faiseurs de contre point qui sont capable de les composer. J'apprend par les nouvelles que Raoul de Couci, de Sédain et Grétry a beaucoup de succès. Fais moi le plaisir de me donner des nouvelles de spectacles. Je ne t'en demande pas de politique, attendu que nous les savons mieux ici qu'a Paris même. Je te réitère tous mes sentimens de tendresse et d'amitié, et te souhaite une aussi bonne santé que celle dont je jouis. Jarnowick, qui ne m'avoit pas vû depuis 18 ans, prétend que je suis rajeuni. Adieu, ma chere amie. Je t'embrasse [effacé] et suis pour la vie ton meilleur ami.

A. D. Philidor

P.S. : Bien des amitiés a tous nos enfans, parents, parentes, amis et amies.




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