L109 — [Londres], mardi 16 décembre 1789

L109 — [Londres], mardi 16 décembre 1789

[A sa femme] [Londres] Ce mardi 16 Xbre 1789.

Ma très chere et bonne amie,

Ta lettre m'a fait grand plaisir, si ce n'est que je suis très fâché de la mort de Vernet. J'esperois recevoir un modèle de la déclaration que je dois faire au sujet du quart de mon revenu. Je crains diablement que cette négligence ne me fasse ôter mes pensions. J'ai les plus grandes inquiétudes, et ce qui me fâche le plus, c'est ta tranquilité sur cet objet dont tu ne me dit pas un mot. Si j'étois à Paris, je m'informerois de ce qu'il faut faire en pareil cas. Pardieu, il ne manque pas de pensionnaire du Roi dans notre capitale pour savoir comment les gens raisonnable doivent se conduire.

J'ai dîné hier avec le Général Paoli chez le comte de Bruhl, qui est bien enchanté que son pays soit devenu Libre, et il nous a dit qu'il avoit écrit une lettre de remercimens a l'Assemblée nationale. Tous les papiers anglois prétendent que la banqueroute est inévitable chez nous et je ne cesse de prêcher par tout le contraire. Les Aristocrates fugitifs le désire, ils croyent que c'est le seul moyen de ramener le despotisme, et l'Assemblée nationale malheureusement ne s'occupe pas assez sérieusement des affaires de finances, ce qui met le comble a notre discrédit a Londres. Il a paru, dans un papier qu'on dit appartenir a Mr de Cal[onne], un libel inouie contre le duc d'Orléans. C'est dans le (World). Le refrain est en françois, qui consiste (sans cœur) etc. etc. (sans honneur). Il n'y est pas nommé, mais on ne peut s'y méprendre. Je souhaite que ton estomach se rétablisse promptement. Quand a moi, je jouis de la meilleure santé possible. Nous n'avons point eu encore de gelées, mais quelques brouillards et de la pluye.

Je te prie de faire pratiquer a Lise les principes d'harmonie que je t'ai laissé pour elle. Je suis certain qu'ayant la tête meublé des différens accords que dans l'espace d'un mois a mon retour, je la mettrai en état de préluder comme un maître. Il est possible que l'année prochaine, si elle veut travailler, qu'elle soit en état de gagner ici quelque argent. Je sçais la manière dont il faut s'y prendre et je ne doute pas de la réussite quand on ne s'annonce pas comme le 1er talent. J'attends avec impatience les conseils de ton frere Silvestre, auquel je te prie de renouveler tous mes sentimens d'amitiés, sur ce que je dois faire au sujet du quart que tout le monde paye. Je suis très fâché de la mort de notre pauvre Rosette, mais Betsy t'en consolera et j'amenerai avec moi un chien qui prend les rats et les souris aussi bien que les lapins et les renards, et qui sera beau a force d'être lait. Il est né d'avant hier.

Tout le monde est encore a la campagne et je suis très heureux que le comte de Bruhl soit obligé de rester en ville, ce qui me fait au moins une société. Je t'embrasse mille et mille fois et suis, avec toute la tendresse, ma chere et charmante moitié, ton très bon et meilleur ami.

A. D. Philidor

Bien des embrassades et amitiés a tous nos enfans, sans oublier le grenadier. Il est possible aujourd'huy [effacé] dans l'armée [effacé] lieutenances pour les deux jeunes qui n'ont point de place ; d'ailleurs les officiers ainsy que les soldats seront mieux payés.

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