L106 — [Londres], 13 novembre 1789

L106 — [Londres], 13 novembre 1789

[A sa femme] [Londres] Ce 13 9bre 1789.

Ma chere et très bonne amie,

Ton silence m'avoit causé beaucoup d'inquiétude. J'ai reçu deux de tes lettres à la campagne, qui m'ont consolé, et j'espère que tu me pardonnera mon mouvement de colère, lequel n'a été éxiter que par l'amitié que je t'ai vouée pour la vie. Je suis de retour en ville d'aujourd'huy. Quoi que je me sois amuser, j'aime encore mieux le séjour des grandes villes que celui de la campagne. J'ai trouver chez moi ta lettre dont tu avois chargé le Dr Pezzetti. J'écrit à ton frere Silvestre, par cette même poste, pour qu'il t'avance les 137 L. 10 s. qui doivent te revenir du quartier d'octobre de ma pension de l'opera dont il a le mandat. Alors, je crois que tu pourras payer les gages de notre cuisinière. Je voudrois bien qu'il fut en mon pouvoir de te faire un sort heureux. Mon bonheur seroit complet. Mais j'espère qu'avec de l'économie, tant de mon côté que du tien, que je serai au niveau de mes affaires a mon retour a Paris.

Mr le Duc d'Orléans, selon ce qu'on dit, fera un long séjour dans ce pays cy et on met sur son compte de vilaines choses que je tiens de bonne part, mais que je ne puis t'écrire. Au reste, les affaires de notre chere patrie prennent une bonne tournure, et la révolution présentement est assuré. J'envoye a ton frere ma déclaration pour payer le quart de mon revenu en trois payemens. Je ne puis pas me dispenser de faire comme tout le monde, et comme mes pensions sont connus, on pourroit peut être me les ôter si je ne me conformois pas au décret de l'Assemblée nationale.

Lady d'Egremont ne se porte pas bien : elle est menacée d'une paralysie. Elle part de sa campagne dimanche pour aller prendre les Eaux de Bath, qui lui ont fait grand bien l'année dernière. La Reine est venu mercredi dernier lui souhaiter un bon voyage, et c'est d'après cette visite que j'ai sçu toute l'histoire du Baron du Palais Royal.

Je te renouvelle tous mes sentimens de tendresse et d'attachement, en te souhaitant une aussi bonne santé que la mienne, et suis pour la vie ton très cher et très bon ami.

A. D. Philidor

J'espère que ma chere petite Lise travaille a son piano forte et qu'elle prend la patience d'apprendre les règles d'harmonie que je lui ai laissés. Tu l'embrassera de bon cœur de ma part, ainsi que tous nos enfans, et bien des amitiés a tous nos parents et amis. Tu m'as oublié pour l'histoire de Grenier qui tient un hôtel a Londres. On l'a fait servir dans le district de Saint Roch.


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