L103 — Londres, mardi 27 octobre 1789
[A sa femme] A Londres, ce mardi 27 8bre 1789.
C'est avec toute la satisfaction possible, ma très chere et très bonne amie, que je t'envoye une petite lettre de change de 308 L. 12 s. Tu donneras deux mois a nos enfans et deux mois a ma cousine, lesquels feront 132 L., et il te restera 176 L. 12 s. Comme je ne serai pas en état de t'envoyer de nouveaux secours d'ici au mois de janvier, tu pourrois ne pas presser Silvestre et garder une poire pour la soif. Lorsqu'il aura reçu le quartier d'octobre, il te reviendra 137 L. 10 s. Si tu étois bien pressé, écrit le moi, parce que j'engagerois ton frere a t'avancer cette somme ; mais j'espère que ton Economie suppléera a tout.
On ne voit que fugitifs françois a Londres. Le comte de Bruhl est ma consolation sur le sort de notre pauvre Patrie. Il croit fermement que si l'on peut prévenir la banqueroute, que la nation françoise tiendra le 1er rang parmi les nations Européennes. J'ai appris avec plaisir que notre Ambassadeur ici est du parti patriote. Quand a Mr Barthelemi, j'en suis assuré. Je ne sçais si Mr de Calonne me boude, mais je n'ai pas encore reçu d'invitation [déchiré] je pourrois peut être [déchiré] qui sont journellement chez lui, je m'aperçois depuis quelques jours que les Anglois raisonnable et plusieurs seigneurs approuvent ma façon de penser sur notre future constitution, et comme il y en a beaucoup qui ont des rentes en France, je ne cesse de leurs prêcher qu'il n'y aura pas de banqueroute.
Je continue à jouir de la meilleure santé. Je compte allez samedi à la campagne avec le comte de Bruhl, chez lui, d'ou je t'écrirai et ou l'on m'enverra tes lettres. Il est resté en ville plusieurs jours par un petit accident qui le rend boiteux : il a voulu faire des entrechats et des jetés battus ; il s'est frappé contre une corniche et le nerf au dessous du mollet en a été blessé. Tout est tranquille ici et rien n'annonce de trouble. J'espère que l'exemple qu'on a fait a Paris rétablira le calme. Nous saurons demain, j'espère ce dont le duct d'Orléans est chargé devant présenter ses lettres de créance au Roi. Quoi que tu persiste a ne pas vouloir [m'écrire] le jeudi, je tiendrai ma promesse de t'écrire tous les mardis [déchiré] le meilleur jour que tu [déchiré] ouvert dans 15 jours. Alors, je m'ennuyerai moins les soirées, surtout dans ce moment ou plusieurs de mes amis sont a la campagne. Les Espagnols ne veulent plus d'inquisition et les troupes ont suivi l'exemple des François. Ils ne veulent pas combattre leurs concitoyens. Ils seroit assez plaisant que je te donne les 1res nouvelles de ce qui se passe en Espagne.
Je te souhaite une santé comme la mienne et toute la satisfaction que tu mérite. Je t'embrasse mille et mille fois, et suis pour la vie, avec toute la tendresse et la plus vive amitié, ton très cher et très fidel ami.
A. D. Philidor
P.S. : Bien des amitiés à tous nos enfans, parents, parentes, amis et amies, et n'attend pas au jeudi pour m'accuser la réception de cette lettre de change, car si tu reçois cette lettre dimanche prochain, tu peux m'écrire un seul mot le lundy matin pour me tranquilliser.
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