L100 — [Londres], mardi 26 mai 1789

L100 — [Londres], mardi 26 mai 1789

[A sa femme]  

[Londres] Ce mardi 26 may 1789.

Ma très chere et très tendre amie,

Je t’envoye une misère en attendant mieux, comme tu me marque que tu a été bien aise d’avoir 28 L. de reste sur la lettre de change, et que tu me mande que tu est pauvre, je voudrois te faire plus riche. Je suis dans la plus grande joye possible : dimanche dernier, la Comtesse de Salisbury, épouse du grand chambellan a désirer entendre au clavecin, avec deux violons et un violoncelle, et mes principaux chanteurs, l’Ode que j’ai mis en musique, et comme ce sera une protectrice, je n’ai pas pu refuser la curiosité d’une femme qui sera nécessaire a Gallini et a moi. Il y avoit une quinzaine de femmes et 10 ou 12 Seigneurs. Tu juge combien j’étois en colere de faire entendre ma musique dénuée de tous les effets d’orchestre et de chœurs. 

Malgré tout ce désavantage, j’ai été complimenter de tout le monde et tous les professeurs applaudissoient a chaque instant. Quand tout a été fini, on m’a prié de faire redire encore un Duo, un trio et un air, et je t’avoue que j’ai fait une belle chose. Il est question dans [sic] faire autant demain ou après chez la Duchesse de Devonshire ou sera le prince de Galles. Les musiciens anglois me porte aux nües. J’espere que cela me produira quelques Guinées et beaucoup de gloire. Je ne doute plus de mon succès. Guimard est engagé pour le reste de la saison. On lui donne 500 guinée et 150 pour vivre a ses dépens, car elle étoit au fraix du directeur défrayé, et son bénéfice lui a valu 8 à 900 guinée.

Il n’y a jamais eu autant de fête que dans ce moment. Depuis un mois, il y en a au moins deux ou trois par semaines. Aujourd’huy, le dernier des clubs en donne une a Ranelaghs. L’ambassadeur de France sera vendredi et la Reine y vient avec les princesses. L’ambassadeur d’Espagne sera pour le 2 de juin. Mme de Calonne est furieusement étonné de ce grand luxe, et elle m’a avoué que les fêtes de Versailles ne sont pas comparable a celles que des particuliers donnent ici, et je puis t’assurer que c’est la pure vérité, parce que l’abondance avec toutte les choses de commodité sont ici. 

Nous avons été obligé de reculer notre fête par la multiplicité des autres, mais comme le parlement ne se separera pas avant le 15 de juillet, la ville pleine jusqu’a la fin de juin. Les voitures sont augmenté en nombre de beaucoup dans cette ville depuis trois ou quatre ans. Tout le monde convient que le Roi est toujours fol, mais, malgré cela, on ne cesse point les fêtes pour sa convalescence. C’est une chose bien plaisante et difficile a comprendre. On n’ose pas le montrer, et la Reine a appris du Dr Willis la maniere de pouvoir le contenir, mais il est très affoibli et sa santé très délabré.

Tu vois par cette longue lettre que ma besogne est fini, n’ayant plus qu’a penser a mon club, et de te réitérer tous mes sentiments d’amitiés et de tendresse, et toujours dans l’espérance de t’embrasser avant le 15 de juin, je te [souhaite la] meilleure santé possible et suis pour la vie ton très cher et fidel ami.

A. D. Philidor

Bien des amitiés a tous nos enfans.


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