L098 — [Londres], vendredi 1er mai 1789

L098 — [Londres], vendredi 1er mai 1789

[A sa femme]  

[Londres] Ce vendredy 1er may 1789.

Ma très chere et très tendre amie,

J’ai tant d’affaires dans ce moment que je n’ai pas le temps de m’occuper de celles d’autruy. Cependant, voila ce que j’ai recueilli des médecins au sujet de l’inoculation : les enfans en nourrice peuvent avoir des maladies de dents avant d’être sevrés. Si les dents percent pendant l’inoculation, l’enfant est dans le plus grand danger de ne pouvoir pas soutenir la maladie ; voila pourquoi que l’on préfère ici l’âge de 3 ans. Je n’ai point encore les papiers qu’Antoine m’a demandé, mais très certainement je les aurai pour la 1re poste.

Je suis arrivé mardi dernier de la campagne ou, dans un superbe chateau et un parc qui a 750 arpens, j’ai fait la plus grande chere. Avant de faire les deux services, on mettoit sur la table 2 potages et 3 ou 4 grands plats de poissons bouilly, frix, et bouillie de touttes les sortes, ce qui faisoit mon dinner. Le vin de Champagne, Bourgogne et Bourdeaux sur la table, avec chacun trois verres. Aussi je n’ai pas bû de bierre. On servoit a cinq heures et on quittoit la table a onze heures ou minuit. Quand j’aurai plus de temps, je te ferai des détails de tous les animaux rares que j’ai vû. Mais je suis si pressé de copier ma partition que je n’ai pas une minutte a perdre. Je n’ai plus qu’un air et le chœur finale a composer. Je suis enchanté de moi même et vivat.

Adieu, je t’embrasse mille et mille fois, et suis pour la vie, avec la plus tendre amitié, ton très cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

Il est bien facheux pour moi de ne pouvoir pas planter le mai : au moins, je te prie d’agréer mes desirs.


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