L090 — [Londres], 6 mars 1789
[A sa femme]
[Londres] Ce 6 mars 1789.
Ma très chere et tendre amie,
C’est toujours avec le plus grand plaisir que je reçois de tes nouvelles. Je compte sous peu de jours de t’en envoyer des miennes qui seront efficace. Cela ne passera pas de mardi en 8 jours, qui sera le 17. Je continue toujours a me porter a merveille, et si j’avois pu prévoir touttes les affaires qui ont occupé la nation angloise au sujet de la maladie du Roi, je ne me serois pas pressé de partir. La séance du Parlement cette année sera longue, puis qu’on a encore rien commencé concernant l’administration public. Le Roi est décidément fou, et on veut faire accroire qu’il va beaucoup mieux. On lui a ôté ses valets de chambres et on a substitué a leurs places 4 hommes robustes accoutumés a contenir les fouls, sous la Direction du Dr Willis, qui n’est pas médecin mais Ecclésiastique.
On espere de trouver un moment ou il pourra signer un message aux deux chambres du parlement, par lequel il indiquera un conseil de Régence, ne pouvant pas, par foiblesse de santé, se charger du soin des affaires. Et voilà 15 jours que le parlement s’ajourne d’un jour a l’autre, en attendant ce moment de tranquillité. Ce plan n’a été imaginé que depuis que l’Irlande a déclaré le prince de Galles régent, sans limitations quelconques. La Reine et le ministre joue gros jeu si la nation ouvre les yeux en voyant qu’on la trompe. Je voudrois bien, si tu en trouve l’occasion, de prier Mr Deslandes, notre voisin, de s’informer par quelqu’un des bureaux de la police ce que peut être Mme de Marcantelli. Son mari, avec lequel elle ne vit plus, est officier dans Royal Italien. Je crois qu’il y a un Mr Guiard ou Girard qui est un des Directeurs de la Compagnie des Indes, qui est un bon ami, et si tu peux savoir son adresse, tu me fera plaisir de me l’envoyer.
Je ne doute pas que ma fille ne devienne aussi belle que sa maman, et elle aura l’avantage de n’avoir pas les tâches de rousseur qui t’on persécuté. Il faut prendre garde avec bien des précautions d’empêcher les attachemens du cœur. Voilà le moment dangereux. L’hiver recommence depuis deux jours, mais cela ne sera pas aussi fort probablement. J’attends avec impatience les détails de la Barbe bleue par mon fils, et tu le priera de m’envoyer la piece si elle est imprimée. Il pourroit me l’envoyer par la diligence avec le livre que je lui ai demander pour lady d’Egremont sur les anciennes familles nobles et illustres de France. Je te plains de tout mon cœur et suis au désespoir que ma fortune ne me permet [pas de te] rendre heureuse. Tâche de conserver ta gayeté et [déchiré] ta santé et croit moi toujours pour la vie, avec la tendresse la plus vive, ton meilleur et fidel ami.
A. D. Philidor
ayant reçu ta lettre hier au soir en datte du 2.
Je suis enchanté d’apprendre que ta ménagerie est en bonne santé, et Betzi sera toujours ma bonne amie, malgré l’anglois que je mets en pension aujourd’huy. On l’élèvera et sa pension me coûtera 12 sols par semaines. Embrasse tous nos chers enfans et bien des amitiés a tous nos parents, parentes, amis et amies.
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