L088 — [Londres], mercredi 11 février 1789

L088 — [Londres], mercredi 11 février 1789  

[A sa femme]  

[Londres] Ce mercredi 11 février 1789.

Ma très chere amie

J’ai reçu ta lettre en datte du 5 et celle de mon fils en datte du 1er et je ne sais le plus grand gré de ne pas t’avoir écrit par la dernière poste, les lettres ont été délivrées à tout le monde lundy soir et je n’ai reçu celle de mon fils et la tienne qu’hier mardi a 10 heures du soir ; tu juge de ma mauvaise humeur en attribuant cette faute à ta négligence et à celle de mon fils, ainsi j’aurois écrit en colère et si j’attendois la poste prochaine tu en recevrois plus tard. Je ne sçais ce qu’elles sont venues faire à Londres, elle n’ont pas sorti de chez elle et n’ont pas vu d’autres compagnie que moi. Je crois que des promesses les ont engagé a faire ce voyage, j’ignore leur secret, mais il est certain que Mme de Marcantelli est une des plus belles femmes qu’il y ait dans les deux royaumes.

Revenons a nos moutons : Monsieur a reçu la partition du Carmen avant le mois d’avril puisque Richer est parti le 30 mars ; je crois que c’est du 20 au 30 mars, ainsi tu peux le faire savoir a Mr Morel et le remercier de m’avoir procuré Monsieur pour un des souscripteurs de mon livre sur les Echecs. Tu dois avoir reçu deux paquets contenant des prospectus. Il y en a 50 signé et 50 non signé. Il faut qu’un de mes enfans aille au Club d’Echecs de ma part faire des compliments à Mr Carlin et l’assurer de mon amitié en lui remettant 10 prospectus signés, et lorsqu’ils seront vendus de lui en faire remettre 10 autres au fur et à mesure qu’il en placera tu lui en feras remettre 20 ou 30 des non signés pour distribuer et mettre sur la cheminée et sur les tables du Club. 

Je suis enchanté que ma fille n’ait point éprouvé de maladie sur son etat actuel, c’est à toi présentement de suivre pour que la régularité ne manque pas. Betzy ne perdra rien a l’arrivée de l’Anglais, c’est un chien d’une espèce très bonne pour les lapins et peut-être que j’en ferai cadeau a Nettreville. Je songe toujours a toi et d’abord qu’il sera en mon pouvoir tu peux compter sur des secours dont je sais que tu as le plus grand besoin. J’ai dîné hier chez Mr de Calonne. Madame m’a reçu avec distinction et amitié, elle se porte très bien et elle m’assure qu’elle s’amuse beaucoup. On est furieux ici d’avoir de mauvais danseurs cette année à l’opera et on a brisé samedy dernier les décorations parce que le directeur n’a pas voulu paroitre et toute la gente dansante s’est enfui du théâtre. Je t’écrirai présentement régulièrement et je te demande pardon de t’avoir causé du chagrin. Je vais faire mettre à la presse mon livre avant la fin du mois. Tu remercieras mon fils et tu lui rendras le baiser qu’il t’a donné de ma part.

Mes compliments à tout le monde et crois moi pour la vie ton plus cher et plus tendre ami.
Jouissant de la meilleure santé,  
tout le monde me trouvant rajeuni.

A. D. Philidor

Source particulière : « Copie d’après une lettre donnée à Mme Violette, petite-fille de Carlin. »


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