L087 — Londres, vendredi 30 janvier 1789

L087 — Londres, vendredi 30 janvier 1789  

[A sa femme]  

A Londres, ce vendredy 30 janvier 1789.

Ma très chere et tendre amie,

Ce n’étoit aucunement l’envie de te faire gronder ni te causer du chagrin qui m’a fait écrire a ton frère. Mes inquiétudes étoient si grandes que je ne pouvois plus y tenir et j’ai suivi le torrent que mon coeur m’a dicté. J’aurai demain mon prospectus imprimé en anglois et en françois, et je commencerai la semaine prochaine a en distribuer a mes amis et faire annoncer dans les papiers publics ma souscription. J’ai tout lieu d’espérer que le succès répondra a mon attente ; ma réputation ne peut souffrir aucune critique sur cet objet et c’est beaucoup. J’attends avec impatience l’arrivée des commissions que j’ai donné a mon fils. Ma meutte va s’augmenter a mon retour d’un chien qui sera le mien, dont le comte de Bruhl me fait présent. Je connois la mère et le père qui sont fort aimable. Je continue toujours a jouir de la meilleure santé et je crois que j’échaperai a la goutte cet hiver. Je refuse presque toutes les invitations et je me tiens constamment a l’ordinaire du comte de B. Cela fait plaisir a Lady d’Egremont et je crois que c’est un régime salutaire pour moi.

J’attends de tes nouvelles avec impatience. Je scai l’embarras dans lequel j’ai pu te laisser et j’aurois été bien enchanté de te quitter dans une situation plus riante, mais que faire, ma chere amie ? Tu peux juger par toi même si il étoit en mon pouvoir de faire autrement. Tu pourrois écrire un petit mot a Morel. Il demeure rüe..... derrière les Messageries n° 14, en lui marquant que je t’ai laissé ma signature en blanc. Ton frère Auguste doit l’avoir, si tu ne l’a pas chez toi. J’espère que tu auras reçu ma pension et je ferai l’impossible pour t’envoyer de l’argent avant la fin du mois prochain. Bien des amitiés a tous nos enfans, parents et amis, et crois moi pour la vie, avec la même tendresse, ton plus cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

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