L084 — Londres, mardi 13 janvier 1789
[A sa femme]
Londres, ce mardi 13 janvier 1789.
Ma très chere et très bonne amie,
Je suis inquiet de ta santé, n’ayant pas encore reçu de tes nouvelles depuis mon départ de Paris. Je continue a me porter a merveille. Le froid n’est pas tout a fait aussi picquant ici qu’a Paris a ce qu’on prétend, mais je n’y trouve aucune différence. Il y a de la neige en abondance, ce qui m’empêche de courir comme je le desirerois. Je t’enverrai par la prochaine poste mon certificat de vie. J’ai dîné avec Mr de Calonne Samedy dernier chez Mr Crawford, ou il y avoit beaucoup de Gens de qualités et il m’a paru qu’il jouissoit ici de la même considération que l’année dernière.
La régence n’est point encore nommée. Les ministres en place cherchent a prolonger cette décision et ceux qui espere les remplacer voudroient que cela fut terminée. Voila ou en sont les choses et il est possible que cela traine encore trois semaines. J’ai fait accepter au comte de Bruhl ma dédicace et il m’a demandé si tu y consentois, et je lui ai répondu que c’étoit toi même qui me l’avoit recommandée. D’ici a une quinzaine, je compte ouvrir ma souscription. Le Duc de Malbrough, qui reste presque toujours a la campagne, ne souscrira plus 50 guinée pour mon voyage mais pour 20. Ainsi, ce n’est pas tout perdre. D’ailleurs, Mr Crawford et mylord Harrowby augmentent leurs souscriptions.
Si mon fils étoit en état d’acheter un livre qui, je crois, coute 12 ou 15 francs, il me feroit le plus grand plaisir. C’est l’origine de la noblesse françoise. Je ne me souviens pas bien du titre, mais c’est une espece de dictionnaire en 2 volumes où l’on trouve toutes nos grandes maisons. Il faudroit me l’envoyer par la diligence a mon adresse : c’est pour Mylady d’Egremont, et si il vient a Londres ce Printems, il ne sera pas fâché d’être introduit chez le comte de Bruhl.
Je te réitère tous mes sentiments d’amitié et de tendresse et crois moi pour la vie ton meilleur ami et ton plus cher et fidel serviteur.
A. D. Philidor
Bien des amitiés et des embrassades a tous nos parents, parentes, amis et amies, ainsi qu’a nos enfans. Donne moi des nouvelles de Betzy, Rosette, Cateau et même de notre chat, sans oublier ma cousine et notre cuisinière.
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