L079 — Londres, vendredi 30 mai 1788

L079 — Londres, vendredi 30 mai 1788  

[A sa femme]  

Londres, ce vendredy 30 may [1788].

Ma très chere et tendre amie

Ton frère est parti mercredy. Ainsi, tu le verras peu de temps après la reception de cette lettre. Il te remettra 83 Livres tournois qu’il me devoit en partant. Son départ m’a donné beaucoup d’occupation, parce qu’il a fallut que j’arrange tout ce qu’il a chanté pour la voix du sigᵣ Balelli, le 2d Castrato de l’opera, et que je lui fasse répéter plusieurs fois chez moi. J’espère qu’il s’acquittera comme il faut de sa besogne. Ce soir, on redonne au Panthéon le Carmen pour le public payant, avec les mêmes décorations de la fête. Je n’ai pas d’autres preuves a te donner du succès. Les papiers en ont fait l’éloge ainsi que du spectacle, et beaucoup sur la parure des femmes. Comme j’ai beaucoup d’affaires aujourd’huy, je te prie de dire a Richer qu’il tâche de m’écrire tout aussi tôt son arrivée a Paris, si il veut que le Texier lui envoye son argent par Mr Amersley a toucher chez Pergaud, ou bien si il veut qu’on lui envoye des meubles qu’il avoit demander ; mais il faut qu’il se presse. 

Ne comptant pas rester longtemps ici, Le Texier est venu deux fois la veille de son départ pour lui remettre les 20 guinées promises. Il en auroit encore gagné 20 ce soir. Je souhaite que l’on puisse encore obtenir la permission de l’exécution du Carmen. Il n’y a que cette raison qui puisse prolonger mon séjour a Londres. Ton frère avoit promis a Mme Le Texier, qui lui a fait présent de Bonbons pour le Rhûme, de lui donner des chansons, et comme j’ai le 1er couplet de J’ai cru mes beaux jours perdus, qu’il m’envoye dans sa lettre les trois autres, ainsi que les deux derniers de Pour jamais a ma Thémire, et je pourrai alors faire le cadeau a Mme Le Texier de trois chansons. Je crois qu’il doit cette marque de reconnoissance a Le Texier.

G. P. est de retour en ville, mais Mme d’Har... est resté à Bath. Il étoit a la fête des chevaliers au Panthéon, mais il étoit du soupé particulier du prince de Galles et du duc d’Orléans, ce qui est la raison que nous ne l’avons pas vu, ton frère et moi. Demain, je jouerai encore sans voir pour la dernière fois. Je me porte bien, et j’espère que la bonne exécution de ce soir augmentera la netteté de mes idées. Bien des compliments a tous nos parents et amis, et sois très assuré que j’aspire avec impatience le moment ou je pourrai te renouveller de vive voix que toi seule peut faire le bonheur de ma vie et que je suis pour l’Eternité ton très cher et très tendre ami.

A. D. Philidor


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