L078 — [Londres], vendredi 23 mai 1788

L078 — [Londres], vendredi 23 mai 1788  

[A sa femme]  

[Londres] Ce vendredy 23 may 1788.

Ma très chere et tendre amie

Tu peux encore embrasser ton fils de ma part et j’espère que cette commission te fera plaisir. Je ne puis pas partir avec Richer, mais je le suivrai d’aussi près qu’il me sera possible. Je t’écrirai mardi l’effet qu’aura produit notre fête. Je me fatigue avec plaisir, et le Panthéon, qui est rempli d’ouvriers, m’amuse beaucoup. Les menuisiers, les peintres, toutes les guirlandes et ornemens remplissent ce lieu superbe, et je crois que le spectacle sera imposant. J’ai bien du regret de ne pas pouvoir obtenir un billet pour Martini, mais je l’inviterai à une répétition.

Tu diras a ton frère Antoine que la notte qu’il m’a envoyée de la Houssaye n’est pas juste. Le Pere Smith m’a dit qu’il se souvenoit d’avoir baptisé l’enfant de la Houssaye, mais il n’a pas trouvé sur son registre ce baptême. Il m’a assuré qu’on s’étoit trompé de datte ou d’année. Il s’agit donc de profiter du peu de tems que je compte rester a Londres pour me renvoyer une notte plus exacte, car j’espère pouvoir partir vers le 10. Je desirerois de toute mon ame accompagner ton frère qui part mercredy prochain. Je t’envoye ci joint une nouvelle quittance pour Mr Grimm, ou je n’ai oublié aucune qualité ni aucun titre. Enfin, je n’aspire qu’après l’heureux moment de te revoir, et d’abord que mes affaires seront terminés, je ne songerai qu’a mon départ.

Je pense très fortement que le bruit de Paris est fondé sur le mariage de Mme d’Haverley avec G. P. Ils sont partis pour la campagne avec Mme Foucquet et une autre nièce de G. P., et comme on doit rester 5 ou 6 semaines a la campagne, je m’imagine que l’on fera la cérémonie sans bruit et qu’il ne reviendra en ville que pour présenter son Epouse.

Je suis entre la crainte et l’espérance. Nous répétons demain matin au Panthéon avec tout le monde ; a midy Dimanche, la même cérémonie, et Lundy sera le grand jour.

Je t’embrasse de toute mon ame et suis, avec la plus tendre amitié, pour la vie, ma chere et bonne amie, ton très fidel ami.

A. D. Philidor


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