L073 — [Londres], mardi 22 avril 1788
[A sa femme]
[Londres] Ce mardi 22 avril 1788.
Ma très chere et tendre amie,
Comment peux tu soupçonner des négligences de ma part et jusqu’a tes importunités, tout ce qui vient de ta part me sera toujours très chere. Ainsy, crois moi toujours le même, c’est a dire que je voudrois être en état de te rendre heureuse pour le reste de ta vie. Les affaires de ton frere m’occupe beaucoup et c’est tout au plus si je trouve le temps de faire les miennes. Il ne connoit pas les rües et son intelligence n’est pas grande pour s’orienter. Il ne se ressouvient pas d’un chemin qu’il a fait 5 ou 6 fois. Heureusement que je puis courir pour lui et pour moi. Cela te prouve que je suis entierement rétabli et je me porte a merveille. Quand a ton frere, il est délicat et un peu malade imaginaire. Il se porte bien. Je crois qu’il ne s’étoit pas assez purger a Paris, puis que la bile le tourmentoit encore et si il m’eut crû, il auroit repris une 2de petite medecine.
Nous verrons son concert de Bénéfice mercredi 30 et j’espère qu’il aura beaucoup de monde. Je ne néglige rien pour qu’il réussisse. Je compte voir Martini Samedy ou Dimanche, et d’abord que j’aurai reçu l’argent des exemplaires, que j’attends avec impatience, je le satisferai. La lettre de change de Brisson n’est que pour le 20 de may. Ainsy, je chargerai ton frere de t’en apporter la valeur. Au reste, envoye Frederic chez Brisson pour savoir si elle est payable au 10 (ce que je ne crois pas), mais pour plus de sureté il faut t’en informer et me l’écrire tout de suite pour que je puisse prendre des arrangements pour t’envoyer les fonds nécessaires sans perdre un instant. Cela seroit peut être désagréable pour moi, mais je préférerois a faire des demandes plutôt que de te laisser dans l’embarras. Enfin, j’espere que tu recevra des nouvelles de Grimm ou de la cour. Il est diabolique pour toi d’être dans cette attente et je partage tes chagrins de toute mon ame.
L’heure de la poste me presse, ma bonne amie, ayant fait plus de deux lieues dans la matinée pour les affaires de Richer, et je n’ai que le temps de te renouveller tous mes sentiments d’amour, de tendresse et d’amitié, et t’assurer que je suis pour la vie ton très cher et très fidel ami.
A. D. Philidor
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