L072 — [Londres], 18 avril 1788

L072 — [Londres], 18 avril 1788 

[A sa femme]

[Londres] Ce 18 avril [et non mars] 1788.

Ma très chere et tendre amie,

J’attends avec impatience de tes nouvelles. Les vents retiennent les postes. Je me porte a merveille et je suis exactement courant comme a mon ordinaire depuis trois jours seulement. Ton frere a eu la fièvre lundy et c’est la bile qui le tourmente. Je lui ai fait prendre de la limonade cuite, des remedes et une petite medecine mercredy, et je crois qu’il se portera bien pourvu qu’il ne se livre pas trop a son appétit. Son concert sera pour le 30 et selon toute apparence, il gagnera quelques guinées. Il est toujours question ici de l’éxécution du Carmen dont je ne risquerois qu’a avoir du profit, et cela seroit une chose certaine si cela a lieu pendant le séjour de ton frere a Londres. 

J’aurai demain matin la liste générale imprimée des souscripteurs de France et d’Angleterre, et je vais annoncer demain dans les journaux qu’on délivrera les exemplaires dans les 1ers jours de may aux souscripteurs esperant recevoir avant ce temps les 40 exemplaires que je t’ai prié de m’envoyer par le fourgon de la diligence qui est dans notre quartier. Je mene demain Richer dîner chez le comte de Bruhl qui aura grande compagnie et il pourra distribuer de ses billets. Le duc de Dorset, chez lequel nous avons été ce matin, en a pris 20. La duchesse de Devonshire en prendra au moins autant. Le Prince de Galles a proportion ainsi que le reste, etc. etc.

Je te prie de me donner des nouvelles des affaires de notre fils ainé. Je souhaite de tout mon cœur qu’il puisse réussir dans le nouvel état qu’il a choisi. Danican, selon toute apparence, ne court aucun risque dans sa place. Mr de La Borde restant toujours pour les affaires contentieuses, c’est l’avis de G. Pierre. La Cabale Italienne soutient la réputation de Marchesi, mais je puis t’assurer qu’il n’a pas encore chanter juste une seule fois, et malgré toute son habileté, je ne puis pas m’accoutumer a trouver bon un homme qui chante toujours à un quart de ton de l’orchestre. 

Comme Richer compte partir dans les 1ers jours du mois prochain, je le chargerai de te remettre 600 L. pour la lettre de change de Brisson et je m’arrangerai pour payer Martini quelques jours après son arrivée a Londres. Je souhaite que tu reçoive de l’argent, soit du baron Grimm, soit de la cour, pour te mettre en état de vivre tranquille. Il m’est impossible dans ce moment de faire autrement. Aime moi comme je t’aime et crois moi pour la vie ton plus tendre ami et ton plus fidel adorateur.

A. D. Philidor

Milles amitiés a nos enfans, nos parents, parentes, amis et amies.

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