L070 — [Londres], 1er avril 1788

L070 — [Londres], 1er avril 1788

[A sa femme]

[Londres] Ce 1er avril 1788.

Ma très chere amie,

Ton frere est arrivé en bonne santé, un peu fatigué, mais, comme la mer l’a fait vomir beaucoup, je crois qu’il s’en portera mieux. Il aime la biere et le vin de Portugal. Ainsy, le voila digne de vivre a Londres. Vendredy prochain, Mr Gros P. donne un grand dîner au Prince de Galles et plusieurs gens de qualités. On aura 3 ou 4 musiciens et ce sera le début de Richer. Je suis bien chagrin, je t’assure, de tous les embarras ou tu te trouves. J’en suis au désespoir. Tu pourrois envoyer mon fils ainé faire une petite visite au marquis de Chastellux avec une petite lettre de ta part pour qu’il ait la bonté de se charger de faire ressouvenir Monsieur de sa souscription. Richer m’a dit qu’il avoit recommandé a Mr Desclaux la souscription de la Reine. Je t’avoue que je suis désolé de ne pouvoir pas m’approprier l’argent des souscriptions reçus ici. Je te les enverrois. 

Je n’ai que quatre guinée en poche, mais je ne dois rien, payant régulierement toute ma dépense, et je laisse dormir ma souscription sans prendre aucune avance, afin de pouvoir emporter avec moi le plus que je pourrai. Je suis enchanté, et c’est une grande consolation pour moi, d’apprendre que tes chagrins n’ont point altérer ta santé. Enfin, encore une fois, ma chere et très tendre amie, je te conjure de prendre patience et d’endurer avec fermeté toutes tes peines. Je ne doute pas que ton frere ne fasse un voyage agréable et fructueux. Il me paroit très étonné du luxe de ce paÿs et de la maniere dont le peuple est nourri et vêtu. Je compte écrire vendredy prochain au Sr Lawalle l’Ecuyer pour qu’il t’envoye 40 Exemplaires et je t’écrirai, par la même poste, de la maniere dont tu me les enverra et quel adresse il faudra mettre. Ma malheureuse goutte m’a fait beaucoup perdre de temps cet hiver. Mais malgré tout cela, je vis dans l’esperance de nous trouver plus heureux cette année que l’année derniere.

Je te prie de me continuer toujours la même amitié et la même tendresse, et de croire que si j’étois en état de t’aider dans ce moment, ce seroit pour moi le plus grand bonheur. Je t’embrasse mille fois et te proteste que je suis pour la vie ton très cher et très fidel ami.

A. D. Philidor

Richer, qui a dormi très bien cette nuit, me charge de bien des amitiés pour toi. Embrasse nos enfans et remercie ton secrétaire. Je suis content cette fois de l’abbé Aubert. Bien des amitiés a tous nos parents, parentes, amis et amies. Je me porte a merveille.


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