L069 — Londres, vendredi 28 mars 1788

L069 — Londres, vendredi 28 mars 1788

[A sa femme]  

Londres, ce vendredy 28 mars 1788.

Ma tendre et bonne amie,

Je suis on ne peut pas plus sensible a l’interet que tu prend a ma santé. Je puis t’assurer que ma goutte est entièrement passé et que je commence a courir comme a mon ordinaire. Il est bien douloureux pour moi de ne pouvoir pas t’envoyer de l’argent dans la crise où tu dois nécessairement te trouver. Quand a l’Ecuyer, ne crois pas qu’il ait aucune méfiance sur toi, et il ne peut pas exiger que tu le paye avant que tu n’ait reçu de l’argent de quelques endroits. J’espere que Richer aura chargé avant son départ quelqu’un de veiller a nos interets du côté de la Reine et de Monsieur. Il seroit cruel de ne pas en tirer quelque chose.

Je t’envoye cy joint mon certificat de vie, et tes enfans qui ont été chez le notaire te diront la maniere dont il faut que tu t’arrange pour recevoir samedy 5 avril a la caisse de l’opera. J’attends ton frere de pied ferme. Il trouvera son gîte prêt et un piano forte pour qu’il puisse s’amuser dans les moments où il pourroit s’ennuyer. Toute la ville est a Newmarket et ce ne sera que la semaine prochaine ou l’on recommencera les plaisirs de l’hiver. 

Ceux qui ne sont point a Newmarket sont a leurs campagnes et j’y serois sans l’arrivée de Richer. Je n’ai rien de nouveau a te mander de mes affaires. Il faut prendre patience. Je ne crois pas aller plus loin que 40 souscripteurs, mais je suis très assuré que la vente de l’ouvrage ira superieurement une fois qu’il sera entre les mains de quelques connoisseurs et amateurs. Marchesi ne débutera que samedy 5 avril et j’irai avec ton frere. Je voudrois bien partager tes chagrins : j’aurois au moins le plaisir de te voir et je n’aurois peut être les embarras de ta situation. Il faut t’armer de patience et de courage. Ménage ta santé, et crois moi pour la vie ton très cher, très bon ami et ton fidel Epoux.

A. D. Philidor

Bien des amitiés a tous nos enfans et a tout le monde.


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