L064 — [Londres], mardi 4 mars 1788
[A sa femme]
[Londres] Ce mardi 4 mars 1788.
Ma très chere et tendre amie,
Avant de répondre a ta lettre du 27, je commence par te donner de mes nouvelles. J’engraisse journellement et aujourd’huy pour la 1ʳᵉ fois, je puis mettre mes souliers ordinaires. L’appétit ne me manque point et je dors au moins 9 heures en deux sommes depuis quelques jours. Le comte de Bruhl et moi ne pouvons pas nous séparer et il est toujours le même a mon égard. Mais je trouve qu’il est plus comode de faire adresser chez moi, attendu que les jours de postes, si je ne dine pas chez le comte, je suis obligé d’allez chercher mes lettres. J’attends la permission du Prince de Galles et du Duc de Gloucester de mettre leurs noms a la tête de ma souscription de Londres pour faire annoncer mon prospectus. Je prépare mes amis tout bas a soutenir ma souscription quand il en sera temps, mais c’est l’avis des personnes qui me veulent du bien de ne rien annoncer sans le nom du Prince de Galles. Mʳ le comte de Woronzowf m’a donné a dinner dimanche avec une partie du corps diplomatique et il se prépare d’encourager ma souscription. On a pas cessé pendant le dinner de faire l’éloge de Gros Pierre, et on prétend que son fameux adversaire ne pourra pas répondre où que le chagrin le tuera... C’est beaucoup que 25 Exemplaires. Je désirerois que le baron se contenta d’une douzaine, mais je vais écrire par cette même poste au Sʳ Lawalle, pour qu’il ne prenne aucun bénéfice sur les 25 de l’impératrice.
Si au cas le Gros te demandoit le Carmen cette quinzaine, ne le prete qu’au conditions que ce sera pour un bon jour ou il puisse y avoir chambrée. C’est dans ce moment de la plus grande conséquence. Je te plains, ma chere amie, de ce que ta fortune n’est pas plus grande, mais que faire. Le peu de profit qui viendra est toujours quelque chose. Une fois ce mois ici passé, tu seras en état d’attendre mon retour. Le 1ᵉʳ tirage pour les souscripteurs me mettra bien près d’être au paire avec le Sʳ Lawalle pour les dépenses de gravure et d’étain, et la souscription de Londres me rendra tout a fait maitre de mes planches et beaucoup au dela. Je désirerois que Richer, en présentant la partition a la Reine, put lui chanter au clavecin l’Odi profanum et toutte la suitte, y compris Ego dis amicum. Je te prie de bien éxaminer les partitions reliés pour voir si il n’y a pas de bêtises d’imprimeurs ou de relieurs, et t’assuré par toi même que les nᵒˢ se suivent. Mande moi, je te prie, de quelle manière on a placé les noms des deux souveraines. Notre club d’Echecs va son train, et je pense que mon voyage sera au moins aussi fructueux cette année que l’année derniere pour cet objet. Si tu ne peux pas donner d’argent a Martini, je lui en enverrai a la fin d’avril d’ici. Je te recommande l’économie, et cette recommandation n’est point un doute de ma part sur ta conduite ; ce n’est qu’un avis d’amitié. J’attends avec impatience une ou deux gravures de mon frontispice que je voudrois avoir dans sa perfection. Tu me l’enverras de la même manière que tu m’a envoyé l’épreuve. Cela ne me coute qu’un double port de lettre.
Adieu, ma très chere et très bonne amie. Crois moi pour jamais ton plus tendre et ton meilleur ami, et de plus ton très fidel Epoux.
A. D. Philidor
Milles amitiés a tous nos amis, parents, enfans, etc., etc., car je n’ai pas le temps de faire la liste de tous ceux que j’aime.
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