L059 — Londres, vendredi 11 mai 1787

L059 — Londres, vendredi 11 mai 1787

[A sa femme]

Londres, ce vendredy 11 may 1787.

Ma très chere et charmante amie,

J’ai reçu mes livres par la diligence et on m’a remboursé sur le champ. Je remettrai à mon arrivée à Paris l’avance que m’a fait Philidor.

La proposition de l’abbé de la Chapelle est très difficile, attendu que les Dames dans tous les pays aiment mieux se choisir des compagnes parmi leurs familles ou des connoissances que de s’attacher à une étrangère dont on ne connoit pas le caractère. Quant à l’autre commission pour le Courrier de l’Europe, cela ne paraît pas difficile. Je te félicite sur le rétablissement de ta santé et sur le contentement que te donne notre nouvelle cuisinière. Malgré les grands chagrins de Mᵐᵉ Doublet, je te prie de la féliciter de ma part sur la commission que le Gouvernement donne a son mari. C’est une route à la fortune et aux honneurs. La motion pour payer les dettes du prince de Galles n’a pas eu lieu, le Ministre ayant prévu qu’il se trouverait dans la minorité à chercher à réconcilier le Roi avec le prince et prendre des arrangements pour payer, mais comme cette motion n’est que suspendue et que le Roi est entêté, je crois qu’elle aura lieu mardi prochain et très certainement le Prince l’emportera. 

Mᵐᵉ de Polignac avec tous les Français de qualité qui sont ici a fait demander la permission au prince de Galles de voir son palais qui n’est pas fini encore et qui sera une des plus belles habitations de l’Angleterre. Il a en conséquence fait préparer un déjeuner et s’est trouvé chez lui pour montrer et expliquer toutes les curiosités qui y sont à toute la compagnie de notre belle Duchesse. Tu diras à Philidor que le Comte de Zambeccari est entré au service de l’impératrice de Russie dans la marine. Mʳ de Boullogne m’avait appris l’accident affreux arrivé aux deux fils de Mʳ de la Borde. Je désirerais bien savoir ce que Mʳ d’Ogny a dit à Huguet, et certainement en s’adressant à Sorpron, son secrétaire, il aura audience. L’espérance que j’ai de pouvoir partir dans trois semaines me fait un si grand plaisir que je m’ennuie beaucoup moins.

Enfin ma chère bonne amie, ce sera pour moi une fête au dessus de toute expression lorsque j’aurai le bonheur de te revoir, t’embrasser et te jurer que je ne cesserai jamais de t’aimer et d’être pour la vie ton très cher et très bon ami.

A. D. Philidor

Bien des amitiés à tous nos parents, parentes, amis et amies.

Source : Copie d’après une lettre donnée, le 20 novembre 1846, à L. Barbier, bibliothécaire, Cabinet du Roi au Louvre.


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