L057 — Londres, 1er mai 1787
[A sa femme]
Londres, ce 1er may 1787.
Ma très chere et bonne amie,
Je suis enchanté d’apprendre que ta santé se rétablit peu a peu. Le froid nous a persécuté aussi depuis huit jours ici. Martini, a qui j’ai fait tes compliments ainsy que ceux de Mme Pothonin, s’amuse beaucoup a Londres, et je ne crois pas qu’il parte avant moi. Alors nous ferons le voyage ensemble. Je te fais mon compliment sur le cadeau de ton frère Auguste. Mr de Bourboulon a été volé mercredy dernier par son domestique de louage, de 150 L. st. dans son secrétaire ou il avoit laissé sa clef par oubli. Il est parti pour Liverpool. Je ne le vois point, mais il vit avec d’anciennes connoissance comme le Texier, Goy etc. etc. et je soupçonne qu’il n’a pas quitté Paris les mains vuides. Mme Diane de Polignac est arrivé avant hier avec un Mr de Damas et un Duc de Pienne d’Aumont. Tu feras mes remerciemens a Philidor pour ses peines en attendant le paquet si désiré. Mr Gombault fils est a Londres ou il croit pouvoir faire arrêter le laquais qui a volé son pere. La fille que le Domestique a emmener avec lui est arrêté, mais si elle trouve quelques coquins de procureurs comme il n’y a pas de doute, elle obtiendra des dommages et interest et sa liberté. Le vol étant commis en France, il ne peut pas être puni en Angleterre.
Je suis bien enchanté de la chûte d’Alcindor. Les deux auteurs sont encore plus impudents que Gretry. Tu fais bien de ne point t’embarasser des affaires d’état. D’ailleurs, nous savons beaucoup mieux les nouvelles politiques a Londres qu’a Paris. La réponse de Mr Necker a été imprimé ici en françois et la traduction en anglois est sous presse. Cet ouvrage a le plus grand des succès. Je souhaite ardemment que les orages qui concernent la finance ne rejaillissent point sur notre cher et bon frere Silvestre. Voila ce que je desire bien sincerement. Je continue toujours a jouir d’une bonne santé, mais je m’ennuye beaucoup d’être séparé de toi, et j’espere que je pourrai trouver des moyens pour ne plus quitter Paris. Nous parlerons de mes projets a mon retour. Il est certain que, débarasser de nos dettes, 12 ou 1 500 L. que je pourrois me procurer au dessus de mon revenu, je crois, suffiroit pour nous tirer d’affaire.
La belle Mlle Duthé n’a pas quitté cette année les courses de Newmarket. Elle court la chasse avec autant d’intrépidité qu’un Anglois. Elle aime beaucoup ce paÿs cy, et on a pour elle véritablement des égards et des honnêtetés distingués. La seule ribotte que j’ai fait depuis mon arrivé a été samedi dernier. Martini et moi 4eme nous avons mangé un turbot avec deux maquereaux a la maitre d’Hotel. Nous avons bu du bon vin de porto et du punch. Il nous en a coûté par tête 7 L. 10 sols argent de France, et nous avons été très joyeux et très gay. Le certificat de vie n’auroit pas suffit pour recevoir ma pension sur la cassette. Je t’envoye ma procuration qui constate mon existence et tu sera obligé d’y joindre ta quittance, dont tu te fera faire un modele par un notaire. Fais dire a ma chere Elise que je l’aime de tout mon cœur et que je me réserve le plaisir d’aller a Saint Cloud l’embrasser deux ou trois jours après mon arrivée a Paris, et lui faire mon compliment sur le sacrement qu’elle aura reçu. Martini n’a point du tout envie de quitter Londres, mais j’espere qu’il partira avec moi. Si j’étois garçon, je penserois comme lui.
Je te prie de faire bien mes compliments a Mme Pothonin, a Mr Deslandes, a notre aimable voisine et Mr Puissant, et a tous nos parents, amis, parentes et amies, bien des amitiés. Crois moi toujours, avec les mêmes sentiments d’amour, de tendresse et d’amitié, ton très cher et très bon ami et attaché serviteur.
A. D. Philidor
J’ai reçu hier la lettre de mon fils qui m’a fait plaisir. Tu lui dira de consoler Mme Pothonin et d’abord qu’il sera certain d’un nouvel emprunt qui me l’écrive sur le champs, attendu que je prierai tout de suitte mon ami d’écrire a Mr de la Borde pour lui procurer des signatures.
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