L056 — Londres, 20 avril 1787
[A sa femme]
Londres, ce 20 avril 1787.
Ma très bonne et chere amie,
Je te félicite d’être quitte de ton cloud, et je suis enchanté d’apprendre ta convalescence. Je voudrois que ton Rumatisme te laisse tranquille, mais au moins ce n’est pas une maladie dangereuse et c’est ce qui me console. Je pense que tu a très bien fait de faire abbattre la cheminée : cette petitte chambre sera beaucoup plus grande et te fera un charmant cabinet de toilette pour l’Eté. Tu peux bien penser que je n’ai aucun chagrin du renvoy de notre Adélaïde, tant mieux si nous trouvons un bon sujet dans ta nouvelle acquisition. Au reste, je fais grand cas de la recommandation de Catherine.
Je viens de voir une réponse de Mr de la Borde le fils, a Mr Dutens, et voici ce que j’ai lu : M. Philidor a du talent et de l’esprit, mais il manque d’assiduité. J’avois fait des plaintes a mon pere contre lui. Cependant, depuis trois mois, j’en suis content et je l’ai placé avec de vieilles perruques qui lui en impose. La réponse de M. Dutens est que la vivacité de la jeunesse ne permet pas de rester tranquille comme les vieilles perruques, etc., etc. et que le talent est la principale chose qu’on peut désirer. Soit dit entre nous, et que cela ne soit pas rendu public, je crois que Mr de la Borde le fils est attaché au char de Mme Sullivan, qui est une beauté. J’aurai une lettre pour Elle a mon retour en France, et nous verrons avec mon fils et mon ami ce que nous pourrons faire de mieux. Mais recommande a Philidor toutte l’assiduité possible et qu’il prenne patience.
Je compte t’envoyer mon certificat de vie au commencement du mois prochain, avec ma quittance au bas, pour que tu puisse recevoir ma pension sur la cassette, parce que si au cas elle n’étoit pas payé dans le courant de may, elle le seroit certainement le 1er jour de juin, et je pourrois être encore en route. Ta lettre m’a fait plaisir et tu as très bien jugé de ne pas me faire écrire par un autre, mais tu peux faire usage de tes secrétaires. Mes craintes étant passés, je continue toujours a jouir de la meilleur santé. Je suis fâché que les fonds pour les rentes viageres soyent aussi chers. On offre ici a mon ami 800 L. st. sur deux têtes pour la somme de 13 000 L. st., si bien qu’il ne vaut pas la peine qu’il fasse passer ses fonds en France : la différence seroit trop peu de chose. J’attends toujours avec impatience mon envoy de pièces de théatre et tu me fera savoir la réception que Mr d’Ogny aura fait a Huguet. Je fais un carême presque éternelle, car je ne mange presque pas de viande, mais je n’en maigri pas, et j’espere que tu me trouveras gras et bien portant.
Les femmes de qualités et une société de Seigneurs vont jouer touttes les semaines une tragédie et une comedie chez le Duc de Richmond ou, après le spectacle, il y aura un grand souper et bal. La salle ne peut contenir que 150 places, si bien que je désespere pouvoir entrer a une de ces représentations. On prétend qu’une Mme Damer, que Mlle l’Etrier connoit, est une Actrice du plus grand mérite. Les spectateurs qui ne seront pas places avant 7 heures et demie ne pourront pas entrer, même avec leurs billets, et le spectacle commencera a 8 heures. C’est aujourd’huy la 1re représentation.
[Bien des] amitiés a tous nos parents, amis et amies, et sur tout a notre cher Docteur et a son aimable moitié. Je souhaite que ton Rumatisme te laisse pour toujours pour que tu puisse reprendre ta gaité ordinaire Aime moi comme je t’aime et crois moi pour la vie, avec toutte la tendresse et l’amitié la plus sincere, ton très cher et très fidel ami.
A. D. Philidor
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