L052 — Londres, 31 mars 1787
[A sa femme]
Londres, ce 31 mars 1787.
Ma très chere et très bonne amie,
Je t’envoye mon certificat de vie par cette poste, attendu que si j’attendois a la prochaine, tu ne pourrois recevoir ma lettre que dans les fêtes de Pâsques et les caisses sont fermés. Tu n’a pas besoin de procuration : le mandat que je t’envoye cy joint suffira en mettant : « Bon pour acquit chez Mr Prior » au revers de ma délégation. Tu dira a Mr Prior qu’a mon retour, il me remettra le certificat avec mon mandat et que je signerai sur son régistre le reçu du quartier d’avril. J’attends avec bien de l’impatience de tes nouvelles. J’espere en recevoir ce soir. Je datte ma lettre, ainsy que le mandat du 31, afin que le quartier soit pleinement échu, car je t’écrit du 30. J’ai écrit la poste derniere a ma sœur. Je n’ai rien a te demander, si ce n’est de ne pas faire partir le pacquet des pièces de théatres que je t’ai demandé par la diligence que tu n’ait reçu une autre lettre de ma part ; Mr de Saint George est lancé parmi les Grands : le Prince de Galles ne le quitte pas et l’a prié de lui faire monter une Epée a la Saint George. Je continue toujours a jouir d’une bonne santé et a vivre avec économie. Voila plus de moitié de ma pénitence passée, et c’en est une grande pour moi que d’être séparé aussi longtems de ce que j’aime le mieux dans ce monde, et je puis t’assurer que si je puis me dispenser l’année prochaine de mon voyage, que je resterai avec toi toutte ma vie.
Je n’ai jamais vu un printems aussi précoce : les arbres sont verds et le lyllas court les rües. A quelques giboulés prets, nous jouissons du plus beau temps du monde depuis trois semaines. Aussitôt cette lettre reçue, je te prie de me mander si le Baron de Bagge est a Paris ou bien si il est parti pour Berlin. Abel, qui a quelque chose de pressé a lui écrire, m’a prié de lui faire savoir ou il pourroit lui adresser ses lettres. M. Bourboulon ne se montre nulle part, mais le comte de La Mothe a l’impudence de se montrer a l’opera très souvent, et il trouve des gens assez vils pour lui faire compagnie. J’irai peut être passé quelques jours a la campagne ces fêtes et cela me fera plaisir. Si il y a quelques nouvelles concernant les spectacles, tu me le mandera, car pour touttes les autres nouvelles politiques, nous les savons plus tôt a Londres qu’a Paris même.
Porte toi aussi bien que moi, aime moi comme je t’aime. Je me réserve a t’en dire davantage quand j’aurai le bonheur de t’embrasser et de te donner de nouvelles preuves de la tendresse que je t’ai vouée pour la vie. Je suis, en attendant, ton tres cher et bon ami.
A. D. Philidor
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