L049 — Londres, mardi 6 mars 1787

L049 — Londres, mardi 6 mars 1787

[A sa femme]

Londres, ce mardi 6 mars 1787.

Ma très chère et très bonne amie,

J’ai été trois jours dans les plus vives inquiétudes sur ta santé. J’aurois dû recevoir ta lettre en datte du 25 vendredy dernier, et je ne savois a quoi attribuer un si long silence de ta part. Mais celui que tu aura chargé d’affranchir ta lettre n’aura pas été assez bon matin a la poste. Je te prie de m’accuser aussitôt la présente reçu, le petit billet de 363 L. Le comte de Bruhl ne m’ayant donné que 15 L. sterl., au lieu de 15 guinée, je ne peux pas t’envoyer davantage. Je ne me plains pas de mes affaires, ma bonne amie. Je me trouve très content de pouvoir gagner ma dépense et mon petit nécessaire. Je ne dois rien, je paye très exactement touttes les semaines. Je possede trois guinées et l’on m’en doit 6. Je me suis acheté ce dont j’avois un extrême besoin : deux chemises, 3 paires de souliers, une redingotte, deux camisoles, 3 paires de bas, une boëte a thé, une canne, et toutes ces choses peuvent monter a près de 8 Louis. Ainsy, tu vois que je n’entame point l’argent de la souscription. 

J’espere que je serai assez heureux pour épargner sur mon casuelle de quoi t’apporter quelques cadeaux. Voila toute mon ambition, et c’est a peu près tout ce que je dois esperer. Je t’envoye cy joint un modele de bouton, pour qu’on demande a Mr Bertin si c’est ce qu’il veut. Mon fils ne répond point a ma question : il n’y a que des boutons garnis en acier, mais je crois que Mr Bertin n’en veut point, et ceux qu’il m’a commandé sont a peu près comme le modele que j’envoye. Il n’y en a point, mais je les commanderai de cette manière a la manufacture, si au cas [ou] il les veut ou de telle autre forme qu’il voudra. Voila ce que je demande, et non pas la description des boutons qu’on vend a Paris.

Certainement, ma chere amie, je m’ennuye beaucoup d’être séparé de toi. Mes plaisirs ne sont pas merveilleux. Les matinées sont souvent bien longue pour moi. Il est vrai que lors que le dîner arrive, je me trouve en société jusqu’a minuit. Je rentre chez moi alors, et je bois tristement ma pinte de bière, et je cherche a m’endormir au plus vite. Je n’ai personne le matin a qui je puisse allez souhaiter le bonjour, et je me console qu’en songeant que le tems viendra où j’aurai le plaisir de t’embrasser et de reprendre toutes mes promenades du matin chez toi et chez moi. Je jouis toujours d’une très bonne santé. Je te souhaite le même bonheur. Donne des ordres pour qu’on mette tes lettres a la poste avant que le paquet ne soit fermé, et sois bien certaine que personne dans le monde ne t’aimera jamais aussi fortement et aussi sincèrement que celui qui est pour la vie ton très cher, très fidel et très tendre ami.

A. D. Philidor

P.S. : Bien des amitiés a nos enfans, parents et parentes, amis et amies.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire