L046 — Londres, mardi 20 février 1787

L046 — Londres, mardi 20 février 1787

[A sa femme]

Londres, ce mardi 20 février 1787.

Je choisis de t’écrire les mardis attendu que la poste de France ne manque presque jamais d’arriver les lundys. Ne soit aucunement inquiette sur ma santé. Je me porte a merveille. Je n’ai pas pu trouver des boutons comme Mr Bertin les désire [...]. Notre mylord Goy est a Londres et loge dans la même maison que moi. Je ne m’amuse que lorsque je songe a toi. Je n’ai point encore été a aucun spectacle. Je me promène le matin et vais dîner chez le comte de Bruhl et de là à notre club. Voilà a peu près la vie que je mène. Le petit Robineau qui avoit épousé une batarde de Mr Bertin, a fait mon portrait qui est singulierement ressemblant. Notre club en a fait l’acquisition pour 10 guinées et on a fait mettre un cadre de 2 Louis, et me voilà pendu dans notre sallon d’Echecs a Londres. Je ne prévois pas que mes affaires soient bien triomphantes. 

Mon plan est de vivre aux dépends de mes petits profits et de me donner les choses dont je pourrai avoir besoin en épargnant entièrement ma souscription. J’espère que je réussirai dans ce projet. Je te prie de faire bien des remercimens a Mme Le Brun de ma part pour la complaisance qu’elle a envers toi et bien mes complimens a Mr Puissant ainsi qu’a Mr Deslandes. Je voudrois bien qu’un de mes enfans passât chez Morel rue Bergère vis a vis l’hôtel des Menus, pour lui faire savoir qu’il faut affranchir les lettres pour Londres. Je n’ai point encore de ses nouvelles. Je voudrois savoir comment va la gravure du Carmen. J’en vendrai quelques partitions ici. Mr d’Adhémar avoit reçu par un courrier la nouvelle de Mr de Vergennes qu’on estimoit singulièrement dans ce pays et la nomination de Mr de Montmorin aux affaires étrangères. [...]. Je te fais mon compliment de ce que tu cherches un peu a faire ta cour. J’espère que l’été prochain, nous pourrons le passer agréablement et sans les horribles chagrins qui nous ont accablés.

Enfin voilà déjà un mois passé de mon exil. Je voudrais être au bout de mes engagements pour retourner vivre avec toi et manger notre pot au feu. La bonne chère ne vaut pas pour moi le plaisir que j’ai de trinquer avec mes amis etc.

Mes complimens et amitiés a tous nos enfans, parents et amies. Je t’embrasse de tout cœur et suis pour la vie ton très cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

Source imprimée : 
« Copie d’un extrait de lettre publié par Arthur Pougin dans La Chronique Musicale du 1er mai 1875. »

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