L028 — Londres, vendredi 19 décembre 1783

L028 — Londres, vendredi 19 décembre 1783

[A sa femme]
Londres, ce vendredy 19 Xbre 1783.

Ma très chere et très bonne amie,

Je suis arrivé a Londres mercredi a 2 heures en bonne santé, n’ayant eu d’autre besoins que celui de Dormir. Je me suis logé dans le même appartement que j’occupois l’hiver dernier. Mes hôtes m’attendoient et j’y suis on ne peut pas mieux, très proprement et un bon lit. Je n’ai encore vû personne excepté le comte de Bruhl ou je suis toujours l’Enfant gâté de la maison. Mon voyage m’a couté 8 louis et demie. Ainsy, je suis arrivé avec 4 guinées a Londres. Les emplettes que j’ai été obligé de faire pour monter mon ménage, tant thé, sucre, chandelle, papier, Encre, Brosses, cannes, etc., etc. me font rester avec deux guinées en poche. 

Une demoiselle françoise qui a fait le voyage avec nous et qui a payé a Paris les 5 louis jusqu’a Londres, n’ayant que 56 livres présent de bagage, a dépensé 7 louis et demie en ménageant les pour boire un peu plus que moi. Ainsy, c’est une folie que de payer a Paris son voyage, d’autant mieux que les auberges en Angleterre ne s’embarassent pas de nourrir les passagers et qu’il n’y a que les gargottes les plus viles qui se chargent de ces aubaines. C’est une coquinerie dont tous les voyageurs se promettent de ne plus être la duppe. 

Mr Zambeccari leve ici une souscription pour enlever un balon qui aura des ailes et qu’on pourra diriger a volonté. J’espere, ma chere amie, que tu n’auras pas oublié d’envoyer mes prospectus au Journal de Paris. Je vais travailler a faire insérer dans le Courier de l’Europe mon projet.

Tache de faire ma paix avec mes sœurs et tes freres. Bien des amitiés a nos bons amis Mr et Mme Doublet. Assure tous nos enfans de ma tendresse, et crois moi pour la vie ton très cher et très bon ami et le plus tendre des maris.

A. D. Philidor

Bien des amitiés de ma part a notre chere cousine. J’attends de tes nouvelles avec beaucoup d’impatience.

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