L027 — Londres, mardi 20 mai 1783

L027 — Londres, mardi 20 mai 1783

[A sa femme]
Londres, ce mardi 20 may 1783.

J’ai reçu ton n° 29 en datte du 15, ma très chere et très bonne amie, avec la lettre prétendue de Mr de la Salle. Ainsy, j’ai annoncé pour le 26 mon départ au Comte de Bruhl. J’ai acheté ce matin tes fichus, ils ont plus de deux tiers. La paire de Boucle pour ma cousine me coute un louis d’or. Comme je compte faire présent a Agus des comissions dont il m’a chargé, au lieu de lui prendre deux paires de boucles dans le commun, j’en ai acheté une seule paire qui me revient a 10 écus de France, mais elles sont très belles. J’en ai pris 2 paires dans le commun très grande pour Philidor et Danican, et des moyennes pour Frédéric et Auguste. 

Voila donc déjà une partie des comissions faites. Mr le duc et Mme la duchesse de Coigny et le comte sont arrivés, ainsy que plusieurs seigneurs et gentilshommes françois, en outre quantités de particuliers fort honnête. Au moins, ils donneront une autre idée aux Anglois des François, car depuis un siècle, sur 100 François qui passe la mer, 99 sont des vauriens et des escrocs.

Mr le duc de Chartres doit se comporter a l’avenir avec plus d’égards envers les femmes. En conséquence, on lui donne des nouvelles fêtes. Chaque jour, il joue très petit jeu, ainsy il ne fera pas de lessive. Je scais qu’Abel n’est pas poli, mais ne marchant pas facilement, il t’aura envoyé la lettre a son arrivée et je lui avois recomander. Au reste, c’est un bon allemand. Je ne saurai exactement que lundi prochain le peu d’argent que j’aurai de reste, mais si je n’arrive pas riche, je n’aurai rien a me reprocher, ayant fait de mon mieux, et j’espère que cela ne me fera pas tort dans ton cœur. Nous sommes nés l’un et l’autre pour être malheureux, mais peut être n’y a t’il pas deux individus sur la terre mieux accoupler pour se consoler mutuellement que nous deux. Je te plains d’être dans les plâtres et j’en aurai incessament ma part. J’apporterai quelque chose a notre ami Adam, mais je n’ai pas le moyen de dépenser beaucoup, enfin je verrai. Je te félicite du présent que t’a fait ma sœur, c’est une grande marque d’amitié de sa part. 

Il me paroit, pour les adresses de tes lettres, que Philidor ne fait pas de grands progrès dans l’écriture, ni par la lettre que j’ai reçu de lui. Je me réjouis très fort de voir que Danican a un pied dans l’étrier, c’est quelque chose.

Bien des amitiés a toutte notre famille et a tous nos amis, je compte les revoirs incessament et jouir du bonheur de te répéter mille fois que je suis pour la vie, avec toutte la tendresse possible, ton très cher et très fidel ami.

A. D. Philidor

L’année prochaine je dois faire imprimer un nouveau livre sur les Echecs et alors une souscription me rendra un peu plus riche, et de la je dois aller en Saxe avec le comte de Bruhl et passer dans différentes cours avec lui ou on désire me voir.

J’ai accepté sa proposition.

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