L022 — Londres, mardi 22 avril 1783
[A sa femme]
Londres, ce mardi 22 avril 1783.
Londres, ce mardi 22 avril 1783.
Ma très chere et très bonne amie,
Je scais parfaitement qu’avec cent Louis de rente, il est impossible de faire subsister une famille comme la mienne a Paris. Je te plains de tout mon cœur de ce que tu manque de tout. Je suis a peu près dans la même situation : depuis mon départ, j’ai acheté six mouchoirs dont j’avois un pressant besoin (tous les blancs sont en morceaux et ne peuvent plus servir), deux paires de souliers et trois paires de bas de cotton et une paire de bas de soye noir est toutte ma dépense. Je ne serai pas en état d’avoir rien de neuf. Je serai bientôt dans l’embarras si je ne me trouve pas en état d’acheter une demie douzaine de chemise. Voila où j’en suis, car tu scais en quel mauvais ordre se trouve mon linge. J’attends avec impatience le moment ou je pourrai t’annoncer mon retour. Voila 17 semaines que je suis absent, et j’espere que dans cinq, j’aurai le plaisir de t’embrasser ainsy que toutte ma famille.
J’ai reçu ton n° 24 en datte du 17. Je ferai touttes tes comissions et je n’oublierai certainement pas notre bonne cousine, a laquelle je te prie de faire mes compliments et des remerciemens de sa complaisance. Je souhaite joye a Rosette et je suis bien aise qu’elle soit toujours méchante. Je ne me rapelle pas d’avoir vu un printemps semblable depuis que je suis au monde. Ainsy, je vois que c’est la même chose a Paris qu’a Londres. Je scais que tu as reçu le billet de change, et je n’ai point besoin des détails de ta dépense. Je m’en rapporte a toi. Songe seulement a faire payer les interêts de ta garniture de dentelle, ne pouvant pas la retirer ; il y a une année dans ce mois ici.
Tu aura du recevoir mes lettres de remerciemens pour le Prince de Prusse et pour Mr le chevalier de Gaussert : Le comte de Bruhl est dans le chagrin : Lady d’Egremont est toujours très malade ; elle a gardé le lit quinze jours ; elle commence a se lever quelques heures dans la journée. Les medecins prétendent qu’il n’y a point de danger, mais c’est au cas qu’il n’arrive pas d’accident imprévu. Elle ne voit personne, et ce qui doit la consoler dans son triste état, c’est le soin que Mlle de Bruhl, agée de 11 ans met auprès de sa maman. Elle ne la quitte point et se donne a peine le temps de dinner, cette jeune garde malade fait l’admiration de toutte la famille. Il est bien étonnant qu’a cet age on puisse avoir autant d’amitié et de tendresse.
Je suis bien aise que Le Gros et Mlle Levasseur ne soit plus a l’opera, et je suis enchanté du succès de Mme Saint Huberti, mais la résurrection de Sacchini ne m’en fait pas autant. Je vais songer a préparer les esprits sur mon départ et d’arranger mes petittes affaires pour te rejoindre au plus [effacé : tôt ou tard] dans 15 jours. J’espère pouvoir t’écrire. Attends moi a cette époque, bien des amitiés de ma part a Mr et Mme Doublet, a tous nos parents, amis et enfans. Il ne me reste plus, ma chere et très bonne amie, que de te renouveller tous les sentimens que je t’ai voués pour la vie et t’assurer que personne n’est avec plus de tendresse, d’amour et d’attachement que ton très cher et meilleur ami.
A. D. Philidor
Je ne scais si c’est Philidor ou Danican qui met : a Monseigneur sur les adresses. C’est l’un ou l’autre. Mais il faut mettre Mr le Comte. Je ne conçois pas pourquoi on fait encore affranchir les lettres.
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