L021 — Londres, mardi 8 avril 1783
[A sa femme]
Londres, ce mardi 8 avril 1783.
Londres, ce mardi 8 avril 1783.
Je répond, ma très chere et très bonne amie, a ton n° 19 et 20 en même temps. Je ferai la comission d’Angus et, tu peux t’en assurer, j’écrirai a Mr Cartier. Quand a Mr Pitra, la besogne que je lui demandois est si facile a faire que je compte prier a mon retour Mr de Quincy ou Mr Le Roux, nos aimables roués, de me faire 3 ou 4 ariettes, dont les idées sont indiqués dans le Poëme. Cela pourroit leur procurer leurs entrées a l’Opera ou une petite gratification.
Je désirerois que mon fils allat de ma part chez Le Gros pour lui dire que je désire ardemment que Messieurs du comité ne perde pas de vüe mon opera et que j’attends avec la plus grande impatience les ordres du ministre pour revenir a Paris et que j’espère que l’on tiendra la parole et les assurances que l’on m’a donné de me faire passer immédiatement après Monciny et Sédaine. Je ne me suis point purgé ni rafraîchi, je n’ai rien pris et je me porte très bien dans ce moment cy. Tu ne me parle plus de l’opéra de Sacchini : a t’il repris ? ou non ?
A présent, revenons a nos tourments et a nos chagrins. Je vois, par le détail que tu me fais de notre dépense, que tu as reçu, jusqu’au 3 d’avril, 720 L., sans payer aucune debte quelconque. Les deux montres sont en gages, tu dois deux mois a la cuisinière. Conséquemment, voila a quoi se monte la dépense de la nourriture chez moi, sans compter le loyer ni l’habillement.
2 montres en gages ................................ 168 L.
düe 2 mois a la cuisiniere ....................... 400
reçu depuis mon départ ............................ 720
total ........................................... 1 288 L.
düe 2 mois a la cuisiniere ....................... 400
reçu depuis mon départ ............................ 720
total ........................................... 1 288 L.
Il y a 3 mois et une semaine que je suis parti. Ainsy, cela fait, pour la maison, seulement 400 L. par mois, ce qui monteroit par année, sans se donner un chausson, a la somme de 4 800 L. : outre le loyer, ce n’est pas pour renouveller tes chagrins ni te faire faire des réflexions tristes, mais il est impossible que nous puissions subsister de cette maniere. A mon retour, je tacherai d’imaginer quelques moyens et j’espère pouvoir y parvenir, mais je ne puis te les communiquer par écrit.
Il faut que nous pésions ensemble tous les inconvéniens et réfléchir mûrement sur tous les avantages d’une œconomie stricte et de nécessité absolüe. Il faudra, pour me faire partir d’ici décemment avant la fin de may, que Philidor m’écrive comme si cela étoit de la part de la direction de l’Opera ; alors, j’aurai une raison pour prendre congé de mes amis plus tot que je ne pourrois le faire. Mais nous avons du temps, et je te dicterai ce qu’il faudra m’écrire.
Jamais on ne voit dans aucun paÿs autant de gens mutilé que dans celui ci. Je suis persuader que la 10eme partie des hommes a Londres ont un bras, ou une jambe de bois : cela fait pitié de voir un spectacle aussi horrible. Abel a été très malade mais il est convalescent. Dans un mois, il sera a Paris. Je voudrois être aussi heureux que lui, quand ce ne seroit que pour te jurer de vive voix que je t’aime plus que moi même, et que je suis pour la vie ton très cher, très attaché et ton meilleur ami.
A. D. Philidor
P.S. : Je te prie de ne point oublier de faire bien des amitiés a Mr et Mme Doublet de ma part ainsy qu’a tous nos parents, amis et enfans. J’ai bien peur pour ma pauvre Rosette.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire