L019 — Londres, mardi 1er avril 1783

L019 — Londres, mardi 1er avril 1783

[A sa femme]
Londres, ce mardi 1er avril 1783.
Ma très chere et très bonne amie,

C’est avec une joye inexprimable que je t’envoye 35 Louis. Je voudrois qu’il fut en mon pouvoir de t’en faire tenir le Double. C’est a toi de disposer cet argent comme tu voudra. Songe seulement que je n’ai point pris d’engagement avec Mr le Grand, et que tu peux le remettre a 4 ou 5 semaines. La fortune que je ferai cet hiver ne sera pas considérable. Je vois avec peine que ce que je pourrai épargner d’ici a mon départ ne passera pas 70 Louis, tant mieux si cela va plus loin. L’histoire de ma nièce avec Diderot est plaisante. Si tu rencontre jamais ce Philosophe, fais lui des remerciemens d’avoir défendu sa porte a ma nièce. Touttes les commeres auront eu de quoi s’amuser quinze jours a babiller sur cet événement. J’ai reçu les lettres de mon fils, et je trouve que son écriture commence un peu a se perfectionner, mais ce n’est pas encore cela. Encourage le a la patience et a l’activité. Je souhaite de tout mon cœur que cette lettre ne reste pas plus longtemps en chemin que ton n° 18 en datte du 27, lequel j’ai reçu hier matin. 

Cela doit avoir passé par Calais, mais je ne conçois pas pourquoi on continue d’affranchir a Paris. Tu as bien raison de ne pas aimer les fêtes pour les enfans qui ont besoin de travailler et doublement raison de croire a la paresse des parens qui ne savent pas lire. Je te félicite sur le rétablissement de ta santé, mais je ne comprend pas pourquoi tu m’écrit que tout est fini pour ta santé, je t’embrasse mille et mille fois et je donnerois jusqu’a la dernière goutte de mon sang pour pouvoir te rendre heureuse. C’est avec des sentiments aussi tendres que je te jure que je suis et serai toutte ma vie ton très cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

P.S. : Bien des amitiés a Mr et Mme Doublet, a tous nos amis et parents, sans oublier notre pauvre cousine qui a la complaisance de venir garder la maison. Je plains ma pauvre Rosette et je crains pour Elle.

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