L017 — Londres, vendredi 28 mars 1783
[A sa femme]
De Londres, ce vendredy 28 mars 1783.
Ma très chere amie,
De Londres, ce vendredy 28 mars 1783.
Ma très chere amie,
Il me semble que les Dieux et les Diables se réunissent pour nous faire enrager : je suis au désespoir de ma vie d’essuyer encore un retard. Voici ce qu’il m’est arrivé hier : le comte de Bruhl, qui m’avoit promis pour aujourd’huy les 35 Louis que je devois t’envoyer, me dit hier a dinner : « Mr Philidor, cela vous sera probablement égal de n’envoyer que par la poste de mardi ce que vous m’avez demandé. J’ai oublié de passer chez mon banquier pour y prendre de l’argent ; demain, je n’en ai pas le temps, et ce sera pour samedy ». Tu juge combien ce discours m’a fait de chagrin, sachant les besoins pressants ou tu te trouves. Je n’ai pas eu la force de dire : « Ma femme meure de faim et je suis a l’extrémité ». Au contraire, il a fallu répondre : « tout cela est égal, une poste de plus ou de moins, mais, cependant, j’en suis un peu pressé ». Je te manque encore une fois de parole malgré moi, mais je défie toutte la terre d’empêcher que je n’aye le plaisir de t’envoyer une lettre de change mardi prochain. Voici a peu près ce que tu pourrois faire.
Tu suivra mes idées si tu les approuve, ou bien tu fera ta volonté et ce que tu croira le meilleur. Je n’ai rien promis a Mr le Grand et je n’ai d’autre engagement avec lui que la lettre de change échüe, qui n’est plus d’aucune force, il pourroit donc attendre un mois de plus au cas qu’il te fasse la demande du payement, et je la ferai payer au commencement de may en t’en envoyant le montant d’ici. Alors avec les 850 L. que tu recevra par la 1re poste, je payerois un terme. Restera 600 L. que tu garderas pour te débarrasser ensuitte une pension sur la cassette dont le payement doit être au 1er may, tu pourrois proposer a Silvestre de te donner 50 L. en lui remettant ma quittance et la remplir par ce moyen des 550 L. qu’il m’a prêté pour mon départ de Paris. Je m’imagine que ton frere sera sensible a cette attention, et je crois que nous devons chercher tous les moyens de le ménager pour les circonstances critiques.
Tout est en rumeur ici. Le peuple crie de ce qu’il n’y a pas de ministre et avant hier on devoit s’assembler dans les champs de Saint [manque] mais on avoit tenu les régiments des gardes prêts a agir. Les méchans se sont contentés de distribuer des imprimés contenant des invectives contre le R. et ceux qui lui donnent des conseils. Lundy ne se passera pas sans ministère ou il faudra que cela finisse par une guerre civile.
Adieu, ma très chere et charmante amie. C’est la larme a l’œil que je t’écrit. Je comptois si fort que ce seroit avec la plus grande joye que je pourrois te jurer que je serai toutte ma vie, avec l’attachement le plus tendre, ton très cher et très fidel ami.
A. D. Philidor
P.S. : Enfin a mardi.
Je m’étonne très fort que ton n° 16 en datte du 16 mars ait été encore affranchi. Il a été publié dans les gazettes que la poste du 14 passeroit par Calais. Informe toi de cela au bureau de la grande poste.
Je m’étonne très fort que ton n° 16 en datte du 16 mars ait été encore affranchi. Il a été publié dans les gazettes que la poste du 14 passeroit par Calais. Informe toi de cela au bureau de la grande poste.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire