L016 — Londres, mardi 25 mars 1783
[A sa femme]
Londres, ce mardi 25 mars 1783.
Ma très chère et bonne amie,
Ma très chère et bonne amie,
Je n’avois pas envie de t’écrire par cette poste, mais dans la crainte que tu puisse me soupçonner de t’oublier, je te donne de mes nouvelles. Je suis faché d’essuyer un petit retard de 24 heures, qui t’en causera un de trois jours : je ne puis toucher les 35 Louis que je t’ai promis, que demain, et je ne pourrai t’envoyer le billet de change que par la poste de vendredy, mais tu peux y compter sans faute et très certainement. Cela te fera 850 L. argent de France au prix du change. J’ai été un peu incommodé de coliques fréquentes et séveres sans indigestion, ce que je vais commencer aujourd’huy a prendre de la rhubarbe en poudre dans ma soupe pour me purger doucement.
Si Mr le Grand vouloit se contenter de 300 L. en accompte sur son billet, tu peux lui promettre qu’a la fin du mois prochain, je serai en état de lui faire payer le restant. Tache de faire pour le mieux. Quant à moi, je ne puis faire l’impossible. Je ménage tant qu’il est en mon pouvoir, et dans ce moment j’ai cessé de payer mon logement pour ne pas écorner ce que je t’enverrai vendredy, et je reste avec une guinée en poche.
Je suis invité aujourd’hui d’aller dîner chez le comte de Moustiers, notre ministre. Je ferai la connoissance de Mme la comtesse que je n’ai point encore vüe. Nous sommes toujours sans ministre ici. Vendredy dernier, l’arrangement étoit tout fait et il a plu au Roi d’Angleterre de tout dérangé le Dimanche.
Je suis invité aujourd’hui d’aller dîner chez le comte de Moustiers, notre ministre. Je ferai la connoissance de Mme la comtesse que je n’ai point encore vüe. Nous sommes toujours sans ministre ici. Vendredy dernier, l’arrangement étoit tout fait et il a plu au Roi d’Angleterre de tout dérangé le Dimanche.
Hier, le parlement a voté une adresse unanimement pour supplier le Roi de nommer immédiatement une administration. C’est demain que l’adresse sera présentée, et certainement vendredy prochain, les Whigs se trouveront à la tête du gouvernement. Enfin, que cela finisse d’une maniere ou d’un autre alors je serai content, car tu ne sauroit croire combien toutes ces factions et dissensions font du tort à mon casuel. Je te serai obligé d’envoyer Philidor chez Mr Pitra pour le prier de m’envoyer ce que je lui ai demandé.
Bien des amitiés a tous nos enfans, parents et amis. Je te souhaite une meilleure santé que la mienne, et te renouvelle touttes mes protestations d’amour et de tendresse, étant pour la vie ton très cher et très fidel et très bon ami.
A. D. Philidor
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