L013 — Londres, vendredi 7 mars 1783
[A sa femme]
De Londres, ce vendredy 7 mars 1783.
De Londres, ce vendredy 7 mars 1783.
Ma très chere amie,
Ta lettre n° 12 en datte du 27 me déchire les entrailles, je suis comme un enragé : je n’ai pas dormi de deux nuits. Tu m’y fais des reproches qui sont autant de coups de poignards pour moi. Enfin, de me dire que je te traitte comme un créancier duquel on veut se débarasser assurément, il n’y a que la situation facheuse ou tu [te] trouve et le pressant besoin qui puisse me faire oublier des expressions semblables. Comment peux tu douter de l’interet que je prends a ton existence ?
Comment peux tu t’imaginer que, si j’étois en état de t’envoyer quelques choses, que je ne le ferois pas. Je te l’avois promis parce que j’esperois être en état de le faire : cette ressource me manque. Que faire ? Hélas, je sens toutte ta douleur et j’y suis certainement aussi sensible que toi, mais je ne puis faire l’impossible. Je ne t’oublie pas, et sur quoi tu peux compter, c’est que tu recevras a la fin de ce mois 35 ou 40 Louis bien surement. Je me suis arrangé pour cela avec le Comte de Bruhl. Alors, tu pourra payer Mr le Grand et te faire avancer la pension sur la cassette par lui même, et je ne doute pas qu’il ne le fasse.
Je te le répète un millions de fois que j’ai le cœur déchiré et que je crois que, dans la rage ou je suis, je mettroit fin a ma malheureuse existence, si je ne craignois que tu fut encore après plus malheureuse. Si cela peut faire ton bonheur ou augmenter tes ressources, mande le moi. Je n’en serai pas moins jusqu’au dernier de mes jours ton très tendre et très cher ami.
A. D. Philidor
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