L012 — Londres, mardi 4 mars 1783
[A sa femme]
Londres, ce 4 mars 1783.
Londres, ce 4 mars 1783.
C’est avec bien du plaisir, ma très chere et très bonne amie, que j’apprends par ton n° 11 en datte du 24 que mon fils va chez le notaire travailler, et j’approuve totalement ta conduite a son égard. Tu feras bien des remercimens de ma part a Silvestre. Je souffre autant que toi de la triste situation ou tu te trouve sans pouvoir y remedier. Si mes esperances ne peuvent se réaliser, je tâcherai d’avancer l’envoy des 800 L. pour Mr le Grand, et alors, je pense qu’en lui en donnant la moitié, il attendra bien six semaines ou deux mois pour le reste. Alors la pension de la cassette te feroit une bonne ressource.
Je gémis de tout mon cœur d’être aussi malheureux. Travaillant ou me reposant, c’est toujours la même chose. Il faudroit que Silvestre puisse faire ressouvenir Mr Amelot que Le Navigateur n’attend que ses ordres, dans la crainte qu’il n’arrive encore quelques Diableries inattendües. Crois moi, pendant mon absence, ne perd pas de vüe mes interets. De ce côté là, il y a tant de méchans qu’il faut tacher de se mettre en garde. Je m’ennuye un peu, menant une vie réguliere et retiré. Je jouis d’une très bonne santé et j’attends avec bien de l’impatience la fin de mon voyage.
Les brouilles ministerielle dure toujours et il n’y a point encore d’arrangement pris sur le choix des nouveaux ministres. Dans ces sortes de cas, chaque parti évite de se trouver dans les clubs et de recevoir compagnie chez eux, afin qu’on ne puisse pas les deviner. Cela me fait du tort réellement pour mon casuel. Enfin, cela ne peut pas durer et j’espère que tout reviendra a l’ordinaire sous peu de jours. Il est impossible que l’Angleterre reste sans ministres, sur tout au moment de ratiffier un traité de paix. La maison du comte de Bruhl est ma consolation. J’y fais bonne chere, j’y vois bonne compagnie, et nous avons des chiens et des chats fort aimables a dîner avec nous.
Je suis dans l’affliction, ma très chere et très bonne amie, de ne pouvoir t’envoyer que des regrets et rien de solide, mais crois fermement que je songe a toi jour et nuit, et que je ferai ce qui me sera possible. Adieu, ma très chere et tendre amie, je n’ose te dire : « prends patience ». Je voudrois te dire autre chose mais il faut que j’y revienne malgré moi. Conserve moi dans tes malheurs, ton amitié et ta tendresse, et sois certaine que je suis pour la vie, avec tout l’attachement le plus amoureux, ton très cher et très fidel ami.
A. D. Philidor
P.S. : Mes compliments et amitiés à tout le monde. Je voudrois bien que Philidor m’écrivit quelques fois, quand ce ne seroit que pour voir de son écriture et de sa prose.
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