L010 — Londres, lundi 17 février 1783

L010 — Londres, lundi 17 février 1783

[A sa femme]
Londres, ce lundy 17 février 1783.

Ma très chere amie,

J’en suis toujours a ton n° 7 et j’attends de fraîches nouvelles de ta part pour savoir quelque chose concernant mon fils. Si quelques amis ou parens pouvoient t’avancer le montant de ma pension sur la cassette, cela te mettroit en état de payer un terme et pousser quelques temps pour la dépense de ta maison. Malheureusement, je ne puis pas t’assurer positivement lors que je pourrai t’envoyer une misere. Cela dépend du caprice et de la fantaisie des personnes avec lesquels je joue. Quelques fois, il compte avec moi, mais cela est incertain et je ne puis pas demander à être payé. Enfin tu peux bien être assuré que je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir. Quant a la lettre de change de Mr le Grand, tu peux être assuré que je t’enverrai de quoi la payer et quelques choses de surplus. J’ai déjà prévenu le Comte de Bruhl pour qu’on me donne au 20 mars 40 ou 50 guinée sur ma souscription. N’oublie pas d’envoyer des billets a Mr le Grand et les faire mettre chez le portier sous enveloppe.

Nous voila encore, dans ce pays, dans le trouble au sujet du ministere. Hier le parlement a pris en considération les articles de paix. Ils sont resté assemblé depuis hier 4 heures du soir jusqu’a ce matin 7 heures et demies, et, l’approbation de la paix ayant été mise en question, il y a eu 16 voix de majorité contre la paix. Ainsy voila le Lord Shelburne et son parti culbuté. Le Lord North rentre dans le ministère. Cela ne peut pas déranger la paix puisqu’elle est signée, mais la paix pourroit ne pas être de longue durée, malheureusement pour les peuples. Le Lord Shelburne pourroit payé cher de n’avoir pas consulté le parlement sur les articles préliminaires.

La danse ici a pris la place de la musique a l’opéra, et voila les Anglois tout aussi dansants que les François. Je ne crois pas que le Lord Carmarthen aille a Paris comme ambassadeur. Le changement sera total dans toutes les places et les nouveaux venues voudront donner les emplois a leurs amis. Tu pourrois renvoyer Philidor chez le froid Falbaire pour le prier de passer chez toi afin qu’il parle a Mr Amelot. Il faut demander Mr de Falbaire baron de Quinzié : c’est ce qui le distingue de son frere avec lequel il demeure. Je suis au désespoir de n’être pas en état de donner des marques de libéralités a mes enfans. Enfin, j’espère que ce moment heureux pour moi arrivera. Recommande leurs le travail et l’application. Prend ton mal en patience. Porte toi aussi bien que je fais. Aime moi toujours et crois moi pour la vie, avec toutte la tendresse et l’amitié, ton cher et meilleur ami.

A. D. Philidor

Bien des compliments a Mr Robert et a Mr Agus, et annonce leurs la chute de mylord Shelburne. Bien des amitiés a Mr et Mme Doublet, a tous nos parens et amis et sur tout a Silvestre.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire